L'histoire de l'exploitation agricole de Dino Mazzini, en Emilie-Romagne. Il travaillait en AB. Son exploitation a été sinistrée par les loups. Dino, ex militant WWF convaincu, a vraiment essayé de "cohabiter". Cette expérience particulièrement éprouvante a fait de lui un paysan militant...

Source :

http://www.casacapuzzola.it/varie/det_wiGrandellupo.html

Capuzolameyer

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ATTENTION

Nous recommandons de regarder ce document intégralement même aux enfants, en particulier ceux qui ont subi à l'école les leçons "d'experts" payés avec l'argent des citoyens pour les convaincre que le loup est "bon et ne fait pas de dégâts". (peut-être qu'ils n'en feraient pas, si certains faisaient ce qu'ils avaient promis  pour les en empêcher)

 

RESUME DE L'HISTOIRE POUR CEUX QUI ONT PEU DE TEMPS.

 

Il nous aura fallu 15 ans de travail, de sacrifices et d'investissements considérables pour créer à partir de 1987 notre petite entreprise agro-pastorale moderne en agriculture biologique respectueuse de l'environnement, là où avant il n'y avait que terres à l'abandon et éboulements. Une activité économique en plein air, loin du stress des villes, qui aurait dû mettre à profit des terrains montagneux abandonnés avec une utilisation minimale de main d'oeuvre, basée sur l'élevage d'ovins parqués dans des enclos spécifiques, subdivisant les terrains en dizaines de zones de pâturage différentes, grâce à 6 km de clôture et 3000 poteaux en bois. (Clique ici si pour voir comment nous avions clôturé l'exploitation). Durant ces 15 ans, en plus de ces travaux de clôture, il a fallu des travaux pour dégager tous les terrains des éboulements présents (clique ici pour voir tous les travaux de préservation du sol effectués),nous avons construit une bergerie rationnelle, une petite fromagerie, une chambre de maturation, rénové un abri à outils et la grange, avec une boutique au centre de la ferme et un petit magasin autotracté pratique pour la route communiquant entre la montagne et la plaine, la route provinciale n.4 fond de vallée Panaro. (Clique ici si tu veux voir les photos de tout le travail effectué).

 

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Le propriétaire de l'exploitation, qui plus que tout autre dépensa ces efforts et cet argent, était membre du WWF depuis l'adolescene. À ce titre, en tant que responsable du groupe actif local de cette association, il fut l'auteur entre 1993 et 2007 d'importantes batailles locales contre la bétonisation, la déforestation, l'excavation sauvage de gravier dans les fleuves, la pollution des nappes phréatiques, donnant toujours de sa personne dans les nombreux affrontements avec des entrepreneurs et des gestionnaires qui imposaient leur loi là où il vivait. (Clique ici pour voir les activités d'éco-militant du propriétaire de l'entreprise agricole).

 

Après 2001, les derniers grands chantiers à peine terminés, des affaires très graves vinrent frapper le cœur et l'enthousiasme de ces travailleurs passionnés.

 

Au printemps 2002, il y eut l'extermination par les autorités vétérinaires des 117 ovins présents, à cause de normes sanitaires obsolètes, remplacées six mois plus tard par la Région Emilie-Romagne par de nouvelles règles, qui auraient permis de sauver presque tous ces animaux. En 2003 et 2004 il y eut la fermeture des activités en signe de protestation contre les abus qui venaient de certains bureaux de l'administration communale de Pavullo. Vous pouvez voir les détails de ces deux très graves affaires sur la page web du site de l'exploitation en activité : massacre encéphalopathie spongiforme année 2002 et fermé pour indignation période 2003-2004.

 

Malgré toutes les souffrances et les amertumes, l'exploitation a toutefois repris ses activités à la fin de 2005, et retrouvé grâce aux financements prévus par la Communauté européenne pour l'agriculture biologique, son équilibre économiquement viable.

 

Pendant l'été 2006, sans aucun signe avant-courreur, environ 17 animaux sur plus de 100 présents disparurent dans les pâturages entre mai et septembre. Les chasseurs de la région parlaient de repérages de loups. D'autres petits éleveurs, possédant seulement quelques bêtes, ou quelques dizaines, ont eu aussi des bêtes tuées d'une façon très particulière ou certaines disparues. Mais nous, nous ne voulions pas croire à la présence du loup, un animal qui depuis plus d'un siècle n'était pas signalé à aussi basse altitude dans les Apennins. Lis ici une intéressante étude et histoire de la présence du loup en Italie, en particulier dans la région Emilie-Romagne, qui démontre comment cet animal dans la deuxième moitié du siècle dernier n'a jamais représenté un sérieux problème pour les élevages et la zootechnie.

 

En mi-juillet 2007, nous avons dû nous aussi prendre en compte cette nouvelle situation incroyable: la présence sur le territoire de ce prédateur redoutable et très intelligent. Ce n'était pas un malheur tombé du ciel, mais le résultat d'années de politiques législatives protectionnistes et d'investissements publics considérables pour favoriser le développement et l'expansion de cette espèce, en conditionnant les citoyens, modifiant en eux la perception des problématiques liées à l'espace, qui autrefois quand les gens vivaient dans les campagnes et non dans des appartements, étaient par contre très bien connues. Une espèce, le Loup, qui dans les années 1970  risquait l'extinction et se limitait à quelques dizaines de spécimens au centre de l'Italie. Tu ne le crois pas  ? Regarde par exemple le site de la région Émilie-Romagne qui énumère toutes les actions faites en ce sens, toutes financées par des fonds publics. Ou bien en cliquant ici tu peux ouvrir une des nombreuses fiche-projet du plus grand "Projet LIFE NATURA 2000" abondamment financé par de l'argent public, visant spécifiquement à développer dans la population à partir de la tranche d'âge la plus sensible, c'est à dire les jeunes en âge scolaire, la conscience que la cohabitation avec le prédateur serait possible, que son retour serait une ressource pour le territoire de montagne, et que les éleveurs n'auraient pas de problèmes à cause de cette nouvelle situation. Tant de belles paroles de notre point de vue absolument hypocrites et coûtant très cher aux poches des contribuables.

 

Nous avons passé une année 2008 vraiment bagarreuse, cherché inutilement à nous défendre et à faire assumer par la collectivité les charges des choix qu'elle avait faits au cours des années précédentes pour que le loup revienne dans nos forêts et qu'elle respecte les promesses concernant la protection des éleveurs. Mais nous n'avons trouvé qu'hostilité, abus et indifférence dans les bureaux de ceux qui pouvaient faire quelque chose ou qui représentaient ceux qui devaient assumer cette responsabilité. Tous ces acteurs payés par tout le monde et qui gèrent l'argent public pour prendre soin, en théorie, du territoire et des agriculteurs qui l'ont défendu et amélioré, comme nous l'avions toujours fait nous autres et comme c'est montré dans une autre partie de notre site internet.

 

En 2009, après avoir dépensé toute notre énergie et vécu mille amertumes, nous avions désormais pris acte qu'il n'y avait rien à faire et que notre problème n'intéressait ni n'intéresserait personne. Nous étions et resterions absolument seuls pour affronter une guerre que nous ne pouvions pas gagner, dans ce monde, contre le loup, avec lequel dans ces conditions la cohabitation pacifique était absolument impossible.

 

La décision de nous débarrasser de toutes nos brebis survivantes, au risque de les offrir, arriva quand (après un mois terrible pendant lequel le prédateur, après 10 attaques, venait jusqu'à prendre des brebis à l'intérieur de l'enclos du jardin), le 21 juin 2010, nous avons été "avertis" par les Services vétérinaires de Pavullo et par les techniciens de la Province de Modène d'éventuelles mesures prises contre nous, en vertu des lois pour la protection des animaux, si nous n'arrivions pas à protéger nos brebis des loups, même au prix d'avoir à les tenir enfermées dans la bergerie ou de les garder toujours à vue. Accepter passivement ces conditions aurait été comme accepter l'idée que personne n'avait de responsabilités dans cette nouvelle présence du prédateur aux alentours, et qu'il s'agissait d'ennuis auxquels il n'y avait que nous et exclusivement nous à pouvoir y remédier. Exactement le contraire de ce que nous avions dit depuis le début du problème, en cherchant à faire assumer cette responsabilité par la collectivité. De plus, vivant seuls dans un lieu isolé, nous avions désormais aussi peur pour nous-mêmes, nous nous rendions compte que tant qu'il y aurait des brebis autour de la maison il y aurait des prédateurs autour de nous. Après avoir vu ce que le loup est capable de faire et après nous être documentés, le conte du Petit Chaperon Rouge et du "méchant" loup nous y avons cru à nouveau. Clique ici si toi au contraire tu n'y crois plus. (interview de Boitani, ndr)

 

Toujours est-il qu'au-delà de l'aspect moral de cette affaire, il aurait fallu deux modalités d'élevage, toutes deux absolument incompatibles avec l'économie de notre entreprise et avec le type d'exploitation que nous avions créé avec les investissements  (pâturages sans surveillance à l'intérieur d'enclos spécifiques pour ovins) et qu'il était déjà difficile de maintenir.
Cette arrogance a été la goutte qui a fait déborder le vase. Nous n'allions pas perdre encore de l'argent en plus de celui déjà perdu au cours des quatre années précédentes à cause du loup, en alimentant nos brebis avec du foin à l'intérieur de la bergerie pendant que dehors les pâturages resteraient inutilisés. Nous n'avions pas non plus envie de continuer avec l'angoisse d'être éventuellement poursuivis par des administrations comme bourreaux de nos animaux si le loup revenait tuer d'autres brebis. Il ne nous restait pas d'autre choix que de fermer. Un autre éleveur qui n'avait jamais fait les mêmes investissements que nous et qui élevait des brebis à la manière traditionnelle, vivant tout le temps en contact étroit avec les animaux et donc arrivant à mieux les défendre, accepta en cadeau nos 18 brebis survivantes des attaques. Au soir du 30 juin dans notre ferme, il n'y avait même plus un seul agneau.

 

A la place du grand panneau sympathique "Attention aux Brebis", qui pendant dix ans avait amusé les automobilistes sur la route entre la plaine et les hauts Apennins, nous avons installé une bannière "ATTENTION LOUPS" et nous avons mis en deuil tous les autres panneaux de l'exploitation. Nous avons sorti plus tard un très dur communiqué ( lire ici ), dans lequel nous avons fait connaître aux citoyens notre décision de fermer, puis nous nous sommes déplacés en silence dans les salles des tribunaux pour chercher à obtenir justice contre ceux qui, à notre avis, n'avaient pas travaillé comme ils auraient dû, et un juste dédommagement pour ce que nous considérions comme : une véritable expropriation de nos biens sans contrepartie adéquate.

 

aff CC

 

Quelque soit le point de vue choisi pour la regarder, notre histoire est une grande et moche histoire que nous avons vécu bien malgré nous. Tellement moche que si on nous l'avait raconté, peut-être que nous n'y aurions pas cru (et c'est pour cela que nous invitions tous ceux qui n'y croient pas à lire les détails dans la partie suivante). Une histoire moche, qui probablement n'en est qu'une parmi tant d'autres qui sont arrivées et arrivent en Italie, aux dépens des citoyens qui ont fait ou font quelque chose de bien avec bonne volonté et en y mettant toute leur énergie et leurs biens, mais qui se retrouvent trahis dans leurs idéaux par la suite et se voient obligés de jeter l'éponge avec tout le monde contre eux. Ils se disent alors à eux-mêmes qu'ils auraient mieux vécu et/ou qu'ils vivraient beaucoup mieux s'ils n'avaient pas eu et/ou s'ils n'avaient pas cet enthousiasme pour faire quelque chose pour améliorer la terre, eux-mêmes et leur propre pays. Un pays qui sans doute ne les mérite pas, et à travers ce genre de petites histoires, on peut comprendre aussi pourquoi il se trouve dans les désastreuses conditions économiques et sociales actuelles.

 

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 Voir aussi ( de Dino) : Adopte un loup, élève une brebis !

et une Lettre ouverte plus récente