Traduction d'un article signé Michele Corti,  Ruralpini- 12.12.2012

 

 

Qui a peur des loups anthropophages d'un film ? Qui depuis des décennies cherche désespérément à confirmer que le loup au grand jamais n'attaquerait ni ne boufferait un être humain. Mais les mensonges finissent toujours par sortir. ..

Qui a peur d'un film ?

Les réactions du lupologue Luigi Boitani à la sortie du film "The grey" sont curieuses et par certains cotés déconcertantes. Pour "absoudre" les loups du soupçon d'anthropophagie il dément des rapports scientifiques rédigés par lui-même. Sauf qu'il soutient ensuite que "le braconnage nous protège autrement nous aurions les loups à la maison". C'est bien vrai que la science est en crise.

Les lupologues, pour favoriser l'expansion de leur protégé, ont construit une "réalité à l'envers" où le loup est un animal très timide (un peu comme l'ours végétarien). Pour confirmer leurs thèses ils ont réécrits les fables "politiquement incorrectes",  n'hésitant pas à aller dans les écoles faire un lavage de cerveau aux enfants, ils ont organisé des spectacles et des excursions familiales sur les traces du loup, ils ont mis en place le "Centre du loup", dans celui de Cuneo on admire les loups....dans l'enclos.

Il y a peut-être une réaction de rejet

Après une overdose de débonnaireté de documentaires écolo-animalistes - administrés pendant des années à dose létale - une partie de l'opinion publique commence à suspecter que les choses ne sont pas vraiment comme les experts naturalistes le racontent. Au sujet des loups - dont le nombre n'augmenterait jamais, selon eux - qui apparaissent maintenant dans les banlieues des villes et beaucoup de personnes (même avec une sensibilité écologiste) ont pu constater qu'ils ne s'échappent pas si facilement, qu'ils ne sont pas si réservés, qu'ils font un peu peur. Les bobards apparaissent.

Dans ce contexte arrive un film, où une poignée d'hommes dans la désolation de l'Alaska, tente de survivre à une meute de loups bien décidés à les dévorer. Le film n'est absolument pas un navet, il a été apprécié par la critique et le grand public comme une oeuvre d'une grande force dramatique.

"Un très mauvais service d'information " (!?)

Les demandes d'appel à boycotter le film "The grey", sorti le 5 décembre (11 mois après les USA) de la part des animalistes sont du folklore, mais cela montre comment un universitaire du calibre de Luigi Boitani, dans une interview (http://life.wired.it/news/natura/2012/12/11/the-grey-chi-ha-paura-del-lupo-cattivo.html#content) reproche au film, qui n'est pas un documentaire, de rendre "un très mauvais service d'information". Mais l'art doit-il informer ? Dans quel monde sommes-nous revenus ? L'amour du loup n'aurait-il pas quelque peu embrouillé les idées de Luigi Boitani ? Ce qui ne lui convient pas c'est que son loup soit décrit, même si c'est dans un film, comme anthropophage.

"Ils ne se nourrissent pas d'hommes, cela arrive seulement s'ils les trouvent morts. Il n'y pas de preuve, il n'existe pas d'histoire probante d'une attaque sur l'homme au cours des deux derniers siècles. Mais il faut dire qu'il ne s'agit pas d'un documentaire...."

Il arrive à se démentir lui-même le Professeur qui dans une précédente interview se limitait à soutenir que : "Nous n'avons pas de preuve d'attaques de loups sur des personnes en Europe au cours de ces 100 dernières années".(http://www.pronatura-ti.ch/Rivista/06_ProNatura/Rivista_6.pdf) Revue Pro Natura Ticino, n°6, novembre 2005, page 9-11.

Avant d'aller voir ce qu'a écrit le même Boitani sur les attaques de loups contre des personnes en qualité de Dr Jekyll (ou de Mr Hyde selon le point de vue), une autre observation sur le film est intéressante.

Boitani voudrait qu'apparaisse dans le titre, en gros caractères, un avertissement pour expliquer au spectateur que "tout n'est que fiction, dans la réalité le loup ne toucherait pas un seul cheveu à quiconque et se nourrit encore moins de chair humaine".

Ecrit en gros caractères ??

"... le réalisme, les décors remarquables de l'Alaska...tout favorise l'identification et il est vrai que c'est un très mauvais service d'information. Il n'y a pas d'avertissement écrit en gros caractères pour avertir qu'il s'agit d'une fiction. Le spectateur s'approprie l'image du loup qui agresse et on sait bien que cette image reviendra à l'esprit aux moments les moins opportuns".

Pouvez-vous imaginer des films où, à chaque situation qui présente d'une manière controversée une quelconque réalité, une catégorie de personnes, un pays, une ville ou un parti, etc,... il y ait un avertissement en "gros caractères" pour rapeller qu'il s'agit d'une fiction ? Quelle barbe ! Quel bigot ce Boitani avec ses loups....

Mais venons-en à la colère de Boitani et à sa défense du loup "nécrophage" (le brave, il fait aussi le service de nettoyage!). Prenons le rapport de la LCIE (Large Carnivore Initiative Europe) une organisation qui rassemble les collègues de Boitani sous l'égide du WWF. Le rapport sur le thème "attaques sur des humains de la part du loup" s'intitule "The fear of wolves A review of wolf attacks on humans." Mais ce titre "la peur des loups "ne doit pas tromper. Dans le rapport on parle de morts et de blessés. Pas de "peurs irrationnelles" (http://www.nina.no/archive/nina/PppBasePdf/oppdragsmelding/731.pdf) . Le rapport, publié en 2002 par le Norsk institut for natuforskning traite des nombreux cas d'humains proies des loups. Boitani en est l'auteur avec différents collègues (comprenant le groupe de spécialistes des ours et des lynx), mais il est clair que sa contribution a été déterminante, en tant que spécialiste du loup faisant le plus autorité .

Au sujet de la question "le loup est-il anthropophage?" le rapport de la LCIE, après avoir pris en considération les cas d'attaques sur des personnes de la part de loups enragés, s'occupe de deux autres catégories d'attaques : celles défensives et celles "de test" (essais pour comprendre si le sujet humain est une proie facile ou non) et celles à but d'anthropophagie.

4.2 Attaques défensives et de test

Il existe des documents historiques et contemporains relatifs à des bergers ayant été mordus à la main, au bras, ou au pied,  quand ils ont coincé ou menacé avec une fourche ou un bâton un loup qui essayait de tuer leur bétail ou leurs chiens.

Il existe des cas de chasseurs qui ont retiré des chiots de loup dans une tanière et qui ont été mordu par un loup adulte cherchant à défendre se petits. Ces attaques peuvent être interprétées comme défensives de la part d'un animal apeuré et acculé. Elles sont généralement faites d'une seule morsure, en général à une extrémité, et le loup n'insiste pas dans l'attaque mais s'enfuit s'il le peut.

Un certain nombre de cas concerne l'Amérique du Nord, où il y a des loups qui n'ont pas peur des humains (par accoutumance ou par comportement inné) et des personnes mordues après qu'un loup se soit rapproché d'elles. Dans certains cas on suspecte que les loups fassent des "tests" pour étudier si la personne est une proie potentielle, s'approchant beaucoup d'elle, la renversant ou la mordant. Dans d'autres cas il semblerait que le loup ait cherché à saisir un objet (dans deux cas, le sac de couchage où la victime dormait) et fut pris de panique quand la victime se réveilla ou surprit le loup. Cette panique se traduit par une morsure ou une série de petites morsures l'une après l'autre. Comme dans les attaques défensives, le loup n'insiste pas, et on peut facilement le faire s'enfuir.

Venons-en maintenant à la véritable prédation. Pour éviter des équivoques, un extrait de l'encyclopédie scientifique Sapere (http://www.sapere.it/enciclopedia/predazi%C3%B3ne.html) "sf. [de prédation]. Relation interspécifique entre deux espèces dont l'une est l'aliment de l'autre. Au sens strict, s'applique à des animaux (prédateurs) qui tuent et consomment totalement ou en grande partie d'autres animaux (proies) capturés individuellement. La prédation entre individus de la même espèce s'appelle cannibalisme".

Cela signifie donc tuer un animal vivant et s'en nourrir. Rien à voir avec la "nécrophagie" attribuée au loup par Boitani comme seule éventualité de consommation de chair humaine.

4. 4 Prédation.

Les attaques prédatoires semblent concerner iniquement des loups seuls ou des meutes seules, qui apprennent à utiliser des êtes humains comme proies. Dans ces cas les victimes sont généralement attaquées directement à la gorge et au visage de manière répétée. Les cadavres sont souvent traînés plus loin et sont consommés, sauf si les loups sont dérangés. Bien qu'on vérifie aussi des accidents seuls, ces attaques prédatoires tendent à être regroupées dans le temps et dans l'espace et se prolongent jusqu'à ce que le loup soit tué.

Laisons de coté la Russie,  en France les attaques mortelles se sont poursuivies jusqu'aux années 20 du XX siècle (voir le tableau ci-dessous)(p.20)

 

Vittime_lupi_Francia


Pour l'Italie les informations sont beaucoup plus vagues. Mais uniquement parce que les lupologues n'ont pas fait beaucoup d'efforts pour récupérer des sources historiques. Ils ont souligné l'importance des études d'un groupe d'universitaires du milieu naturaliste qui se sont occupés de l'aire lombarde (entre lombardie occidentale, piémont oriental et canton du Tessin) parce que ceux-ci leur ont apporté le travail....à domicile (pendant leur congrès comme on le voit dans les références bibliographiques). Le rapport LCE cite en effet : L. Cagnolaro, M. Comincini, A. Martinoli e A. Oriani (1996), Données historiques sur la présence et sur l'anthropophagie du loup dans la Padanie centrale, dans : Actes du congrès national, " Dalla parte del lupo", Parme 9-10 octobre 1992, Actes et études du WWF Italie, n° 10, 1-160, F. Cecere , Cogecstre Editions. M. Comincini, A Martinoli, A. Oriani (1996) Wolves in Lombardia: historical data and biological notes, Natura, 87, 83-90.

 

antropofagia

 

Les cas d'anthropophagie dans la Lombardie entre le XVII et le XVIII siècle ont été élevés au rang "d'affaire mondiale", d'une certaine façon exceptionnelle, comme la Galice (qui a connu des cas dans la seconde moitié du XX siècle) ou le Gévaudan du XVIII siècle (avec les cas attribués à la Bête du Gévaudan) (voir la carte ci-dessus qui est dans le rapport LCIE). Mais les choses sont-elles vraiment ainsi ? Pas du tout. On trouve si l'on cherche. Comincini et les autres ont analysé systématiquement les registres paroissiaux et...ont trouvé, ont commencé à faire la lumière sur un phénomène relativement plus vaste pour lequel la position d'incrédulité n'est d'ailleurs pas nouvelle. Il suffit de penser qu'en 1842 en Lombardie on a réagi de façon indignée à l'article écrit par un parisien (le "panégyriste" Mr Filarete Chasles , Professeur de littérature nordique) dans le Journal des Débats du 7 octobre 1842. Le " panégyriste " avait écrit avec un peu trop d'emphase que la Lombardie des années 30 était en pleine crise. Et pour souligner la crise, évoquait les ours et les loups, ainsi que les villes sans jeunes ni entreprises. Que les ours et les loups deviennent des fantasmes matérialisés comme sombre métaphore des graves crises de civilisation est un fait établi. Cependant Chasles cite des statistiques précises :

(Version originale): "... on voit apparaître tout à coup une population singulière d'ours et de loups qui descendent des régions alpestres, pendant que la jeunesse active et l'industrie entreprenante quittent toutes les villes veuves de citoyens. Entre les années 1831 et 1837 on a tué 155 loups et 34 ours dans les plaines de Lombardie".

Giuseppe Sacchi dans les "Annales universelles de statistique,etc." soutenait qu'on tuait 26 loups par an, uniquement en  montagne, et commentait: "Ce que nous nions c'est que ces fauves viennent désoler les plaines de Lombardie. Depuis des temps immémoriaux aucun ours et aucun loup n'est venu visiter nos plaines, excepté ceux qui sont enfermés dans les cages des ménageries de bêtes vivantes".(G. Sacchi, Il Regno lombardo veneto illustrato statisticamente, Annali universali di statistica)

Un déni que l'on sait aujourd'hui ridicule.

Il était pourtant fréquent, dans la société rurale du passé, que des enfants et des jeunes bergers soient dévoré par des loups. Il suffit de petites explorations pour le confirmer. Partons de la Valteline :

"Quand ils attaquaient un troupeau, ils comprenaient vite que les petits bergers qui étaient de garde représentaient une proie beaucoup plus facile, et alors le drame se produisait. Dans les archives paroissiales de Rasura on trouve le cas d'un garçon, Giovani Volpi, âgé de 12 ans à moitié dévoré par les loups, (C. Ruffoni, Rasura entre passé et futur, Bellavite éditeur, Missaglia - LC - p. 79).

De la Valteline au Frioul:

"La lecture des registres paroissiaux (les plus vieux, dans le Frioul occidental, datent des années 1580) est une horreur continue, pour ce qui concerne les morts provoquées par des animaux, et on ne fait pas référence aux animaux domestiques, qui pourtant sont mentionnés, mais véritablement aux loups : mangés par les loups, fut enterré, la tête et la jambe retrouvées (Zoppola, 1623); fut tué par des loups, seuls certains petits bouts d'os et un peu de couenne de tête furent enterrés, Zoppola,1623); fut tué par les loups et à moitié dévoré, la moitié du haut de la poitrine est enterrée (San Quirino, 1628); fuit a lupo dilaniata, cuius nonnulla ossa sepolta fuerunt (Pasiano, 1630); fuit a lupo dilaniata, cuius reliquiae sepultae fuerunt (Pasiano, 1630) et nous pensons que cela doit suffire.

Pour Pasiano, il y a 12 cas mémorisés,  entre 1630 et 1673, et parmi ceux-ci 7 cas se concentrent entre le 26 avril et le 28 mai 1631, plus quatre autres entre juin 1630 et janvier 1631, tandis que l'accident de 1673 (8 juillet) est sporadique et concerne un enfant de 5 ans de Perdina, localité aux bords de la forêt de la Mantova. Les premiers 11 cas, si on exclut une femme de 60 ans et une de 24, sont tous relatifs à des filles entre 14 et 18 ans: donc, une attaque surtout contre des femmes, des jeunes et des très jeunes, réalité qu'on rencontre aussi ailleurs (13 cas sur 26 à San Giovanni di Casarsa, 3 cas sur 5 à Zoppola) et qui serait à approfondir, si nous ne voulons pas recourir à de faciles et banales explications psychologiques et sexuelles (le "sexe faible"). Sur les 26 dévorés par des loups à San Giovanni di Casarsa entre 1625 et 1633, presque la moitié sont compris entre la fin de 1630 et le début de 1632, tandis qu'à San Quirino cela finit en 1628, à Zoppola les 5 cas sont étalés entre 1623 et 1632; de même qu'à Provesano l'année 1623 est aussi mémorisée pour la singulière cruauté, toutefois c'est pendant la période 1629-1631 que se concentre la plus forte mortalité causée par le loup : une époque apocalyptique de disette et de peste, qui dans le Frioul occidental entraînèrent une régression temporaire de l'agriculture…" (Piercarlo Begotti, Histoire du loup dans le Frioul occidental de l'ancien régime, La Loggia, n. 1, Pordenone, décembre 1988).

Comme on le voit cette étude a été publiée en 1988.Mais les lupologues ne l'ont pas prise en considération.

Passons au Piémont

Dans une étude de Gustavo Mola Di Nomaglio (Fiefs et noblesse dans les états de Savoie, 2006) il y a de nombreuses références à des personnes tuées par des loups citant les travaux précédents. Voilà ce qu'on trouve p. 194 de cet ouvrage:

"Il faut admettre que le danger le plus direct et documentable était représenté par le loup.[...].  en se référant à Balangero on se rappelle que beaucoup d'enfants étaient victimes des loups qui infestaient les montagnes environnantes, en l'affirmant aujourd'hui on risque de devenir l'objet de sarcasmes incrédules, mais il ne manque pas de possibilité de le prouver....

F. Assalto utilise les sources des Archives paroissiales de Mathi, où il y eut aussi quelques victimes. Entre 1631 et 1637 les loups semèrent la terreur dans la zone, faisant des massacres de troupeaux, tuant un garçon de 12 ans en 1633, et un 14 ans en 1635. En 1628, à Mezzenile, la population face à l'inefficacité de ses efforts, fit même voeu de faire une procession propitiatoire à Saint Ignace pour être libérée d'une meute de loups qui infestait la zone.

Il n'est pas à exclure qu'une enquête systématique dans les archives puissent faire découvrir d'autres victimes des loups dans les vallées en plus de celles rappelées par Assalto et par C.G. Ferrero dans "Recueil des grâces et des miracles faits par St Ignace de Loyola, fondateur de la Compagnie de Jésus dans le Val de Lanzo et autres villages", Dans le proche Biellese les recherches de Don Lebole ont permis de vérifier de nombreuses victimes des prédateurs ; dans les années 1729-1732, six personnes furent tuées par des loups uniquement à Cavaglià.

Que la Lombardie ait pu représenté un cas "spécial" est vraiment à exclure, d'autant qu'il semble plus que probable qu'en cherchant on trouverait aussi de la documentation pour les siècles "chauds" concernant les Apennins.

Quant à la conclusion du rapport concernant l'Italie :"on n'a plus rencontré de cas documentés d'attaques ou de morts après la seconde guerre mondiale" (p20) : Attention,  ce n'est pas "depuis plus d'un siècle", mais "depuis la seconde guerre mondiale". Une prudence suggérée par la présence d'informations qui concernent des cas d'attaques mortelles en Italie dans la première moitié du XX siècle (même s'ils ne sont pas cités dans le rapport de la LCIE). Dans le magazine "Le Vie d'Italia"(a. 20, n. 8, août 1924) le Dr. Giuseppe Altobello de Campobasso écrit au sujet des Abruzzes :

"1° En 1914, par une journée hivernale tempétueuse, une femme fut victime des loups dans le quartier Portelle, au début de la Plaine de Cinquemiglia près de Roccaraso.

2° Pendant un hiver de la guerre, un soldat qui revenait du front pour une courte permission, faisant le trajet de nuit sur la route entre la gare de Palena et le village, fut attaqué et dévoré par des loups.

3° L'hiver dernier trois femmes qui descendaient de Rivisondoli à Canzano furent encerclées par une meute de loups affamés et la plus âgée fut tuée par les féroces carnivores.

4°Cette année, en janvier exactement, près de Cittaducale un mendiant a été retrouvé mort, déchiqueté par les loups".

Peut-être que le peu de sympathie pour les loups exprimée par l'auteur a conduit à ne pas prendre en considération ces informations. Dans les mêmes années le Messaggero del Mugello de mars 1923 parle d'un fermier tuée par une louve qui rentrait à la tanière sans ses chiots. Attaqué à la gorge et au visage l'homme fut transporté à l'hôpital de Marradi où il mourut. Un compte-rendu circonstancié qui semble difficile à exclure.

En Espagne, au contraire, où une nombreuse population de loups a survécu, il y a différents cas documentés d'humains tués par des loups dans la seconde moitié du XX siècle. En juin 1957 en Galice (Nord ouest de l'Espagne) dans la commune de Vilare in Castrelo un loup a attaqué deux enfants de 5 ans. L'un d'eux a été tué. Le loup a aussi essayé d'agresser une fille de 15 ans mais à ce stade il a été tué. L'été suivant dans le village voisin de Tines (la source est toujours Teruelo et Valverde, 1992) deux enfants qui jouaient seuls ont été attaqués. L'un fut pris et emporté. Les adultes arrivés réussirent à chasser le loup et à transporter l'enfant à l'hôpital qui, bien que dans un état grave, a été sauvé. En 1959 un loup attaqua deux enfants de 4 ans. Cette fois, malgré l'intervention des adultes qui chassèrent le loup, un des deux enfant mourut de suite. En 1974 en juillet trois épisodes eurent lieu. Dans le premier un loup attaqua (au thorax) une fille de 13 ans et une femme de 59 (à la main) avant d'être chassé. Le jour suivant le loup emporta un enfant de 11 mois qui était allongé dans un champ avec d'autres enfants et des adultes. L'enfant fut retrouvé mort entre des buissons pas loin. Six jours plus tard le loup réussit à emporter une femme âgée et un enfant de trois ans qui fut retrouvé mort à 250 m de distance dans un bosquet. L'année suivante toujours en juillet un enfant de 4 ans qui jouait avec un compagnon fut tué par un loup qui cherchait à attaquer aussi un autre enfant. En août on tua deux loups et les attaques cessèrent. En 1975 à Allazir un enfant de trois ans fut saisi par un loup mais le grand-père réussit à la chasser. L'enfant s'en sortit avec des blessures légères.

Et plus récemment ?

Pour les années récentes on doit se contenter de la comptabilité de Wikipedia. http://en.wikipedia.org/wiki/Wolf_attacks_on_humans Wikipédia, en citant toujours les sources, indique 20 personnes tuées par les loups en Alaska, Canada, Russie, Iran, Afghanistan, Georgia, Suède (parc faunistique), Ouzbékistan. Dans l'Uttar Pradesh, en Inde entre 1996 et 1997 on a enregistré 60 enfants tués par les loups.

Selon les lupophiles Wikipédia n'est pas crédible, mais pourquoi alors ne fournissent-ils pas eux les données "certifiées" ?

La réponse nous est apportée par une honnête étude suédoise (Jonny Löe and Eivin Röskaft, Large Carnivores and Human Safety:A Review, Ambio Vol. 33 No. 6, August 2004, pp. 283-288).

Ils tirent la conclusion qu'il y a un grave manque de données relatives au phénomène et qu'il serait indispensable dans le cadre des programmes de conservation de prévoir la mise en place de banques de données, souhaitant aussi la création d'un organisme centralisé chargé de gérer les informations de manière formelle.

En réalité la comptabilité doit être tenue par Wikipédia et les blogs et les sites qui partout dans le monde défendent le pastoralisme et la sécurité des populations indigènes et rurales. Les auteurs suédois fournissent la clé pour comprendre pourquoi ce n'est pas dans l'intérêt des conservationnistes (pour dire mieux des "repopulationnistes") d'archiver les données concernant les attaques.

"Attacks by large carnivores that result in human injury or death may undermine conservation efforts by resulting in negative attitudes towards such efforts, and more illegal hunting ".

"Les attaques menées par les grands carnivores qui entraînent des blessures ou le décès peuvent saper les efforts de conservation en suscitant des attitudes négatives à l'égard de tels efforts, et une incitation au braconnage".

C'est clair. Face aux nouvelles rapportées uniquement par les journaux, les conservationnistes réagissent immanquablement en mettant toujours en cause les circonstances, et en taxant les victimes de menteurs (les survivantes). Une stratégie qui découle de "la fin justifie les moyens" mais qui oublie le respect de la vie humaine et de la vérité. Leur idole vaut plus cher.

Il faut chasser le loup, ou pas

Mais regardons l'interview qui réserve des déclarations déconcertantes. Boitani soutient que les loups se multiplient et qu'à un certain stade il faut ouvrir la chasse. Mais en Italie les chasseurs sont mauvais et méchants et on ne peut pas le faire. C'est une bonne chose que les braconniers nous protègent en tuant 100-200 loups par an. Autrement on trouverait des loups à la maison (mais comment ce ne sont pas les ennemis du loup terroristes qui le disent ?). En se contorsionnant entre les contradictions et les paradoxes il souhaite que les braconniers finissent en prison. Mais Boitani a-t-il les idées claires ?

Et donc le chasser serait acceptable ?

L. Boitani : "Exactement, même s'il est nécessaire de faire la différence. Aux Etats Unis, ouvrir la chasse a un sens, car les choses sont faites avec des critères. Il existe des plans de gestion, bien pensés, avec un relevé précis de données : on décide des quotas pour les abattages et on les respecte. La soutenabilité de la chasse est un discours bien différent de l'éthique de la chasse. Laissons de coté la seconde, qui a des motivations personnelles, la chasse soutenable est une réalité indiscutable aux Etats Unis, où un braconnier qui a tué un loup - par exemple- a fini en prison. Chez nous, chaque année, les braconniers tuent 100/200 spécimens et on n'a jamais vu de condamnation, pas même de citation en justice. Donc : si d'un coté, aujourd'hui déjà, même en Italie, il n'y avait pas de braconnage, nous aurions des loups à la maison ; d'un autre coté, on ne peut admettre la chasse chez nous, parce qu'il n'y a pas de règles ni de contrôles. Aux Etats Unis au contraire la chasse ne me fait pas peur du tout parce qu'elle n'est pas un mal en soi".

Pourquoi aurions-nous des loups à la maison , sans les braconniers?

L. Boitani : "C'est un animal qui se multiplie rapidement et qui s'adapte bien à chaque milieu. Hélas, en nombre excessif, les loups ne sont pas compatibles avec la présence humaine : ils ne nous attaquent pas, mais les cerfs, les chevreuils, les sangliers, les animaux domestiques et d'élevage".

Donc on ne peut pas penser à les insérer dans la liste des animaux à chasser en Italie?

L. Boitani : "En Italie si on décide d'un quota d'animaux à tuer personne ne contrôle, il n'y a vraiment pas de système de contrôle. Aujourd'hui nous ne savons pas combien de sangliers ou de chevreuils sont tués chaque année. En théorie le chasseur devrait enregistrer en fin de journée combien d'animaux il a tué, mais personne ne le fait, et si on le faisait, personne ne recueillerait ces nombres. C'est une véritable plaisanterie."

De lourdes allégations contre les chasseurs, c'est certain. Et contre les zones de chasse et le milieu où beaucoup sont des consultants faunistiques (biologistes et naturalistes, donc des collègues et des proches parents des conservationnistes à la Boitani). Lancé dans la démagogie anti-chasse, voici que le scientifique lance une nouvelle charge contre d'autres "méchants et mauvais" : ceux de la ligue du piémont qui n'ont plus financé le projet de sa disciple Marucco (comme si dans la crise noire des caisses régionales on pouvait encore financer la chasse au trésor et l'étude "mondiale avant-gardiste" des chasses aux loups !).

Combien de loups y a t il en Italie ?

L. Boitani : "Environ un millier et, bien sur, nous devons toujours rester vigilants : ils semblent être beaucoup mais il est vite fait de les éliminer. Le loup chez nous, et aussi ailleurs, devient vite un élément de démagogie politique. Le Piémont par exemple est une région très vertueuse : quand le loup est arrivé de l'Apennin ligure, il a mis le pied dans un projet idéal, tenant sous contrôle l'expansion et payant les bergers pour les éventuels dégâts. Puis sont arrivés ceux de la ligue et ils ont fait arrêter le projet, en surfant sur les dommages "terribles" et insoutenables qu'ils auraient fait au pastoralisme".

Il devrait expliquer comment font les loups d'Italie pour rester - depuis dix ans au moins -  toujours 1000 et pas plus de 1000, alors que, comme il le soutient lui-même, ils continuent de s'étendre et se font voir à coté des villes et sur les cotes. Il semble même que le Professeur fasse un peu de politique et peut-être même un peu de démagogie. Mais la démagogie et la politique peuvent aussi être d'accord. Qui ne le fait pas ? Ce qui ne va pas, c'est de dire blanc un jour et noir le lendemain et de changer les cartes du jeu.

Venons-en au thème crucial : la peur de l'homme.

Mais pourquoi le loup attaque-t-il un cheval et pas un homme?

L. Boitani : "Nous savons d'après les données paroissiales que dans le passé – jusqu'à la fin du 18ième – le loup mangeait des hommes. Dans la Plaine du Pô, des enfants ou des jeunes, bergers, ont été attaqués et mangés. Le nombre est retombé à zéro au 19ième, en même temps qu'une diffusion des armes à feu. Le loup est un animal intelligent et il a appris que l'homme est dangereux aussi bien en contact direct qu'à distance. Il est aussi un animal culturel, qui transmet aux chiots ce qu'il apprend. En somme il a compris que l'homme est très dangereux et, simplement, il l'évite".

Et revoilà encore la "connerie" (le mot est utilisé par le Pr au sujet du film) de la "remise à zéro" des attaques depuis deux siècles (et le rapport du LCIE alors ?). Aujourd'hui il soutient que la trouille du fusil dure des siècles. Mais il n'est pas difficile de le contredire puisqu'il suffit de reprendre ce qu'il a dit, mais seulement c'est dans une autre interview. (celle à Pro Natura Ticino de 2006).

L. Boitani : "Le loup est un animal intelligent et culturel. Son comportement n'est pas seulement inscrit dans ses gènes, mais la mère l'enseigne à ses chiots en fonction des circonstances. Il sait qu'un homme avec une fourche est dangereux et qu'un avec le fusil l'est encore plus. A l'origine le loup était différent,  il était actif de jour, l'activité nocturne est une adaptation aux dangers. Si plus aucun homme ne touche au loup, en une seule génération lupine, donc 5 années, le loup pourrait à nouveau essayer d'attaquer des personnes, au moins là où il peut se le permettre. Nous avons des prémices au Canada, où trois cas ont été signalés. Mais jusqu'ici, en Europe, nous n'avons eu aucun signe de ce genre."

Comme on peut le voir le super expert n'est pas le meilleur dans la linéarité.

Nous aurions encore une petite question à poser : "Si les loups viennent à la maison, si on ne les chasse pas, si les chasseurs ne peuvent pas les chasser puisqu'ils sont méchants et mauvais, si les braconniers font bien de les chasser mais risquent d'aller en prison, pourquoi vous autres lupologues vous opposez-vous quand les régions demandent de pouvoir procéder à des abattages ciblés (comme cela se passe en France)? S'il-vous plait,  dites-nous qui doit contrôler les loups ? Les bergers, si on leur en donnait l'opportunité, le feraient. Ou sont-ils mauvais et méchants, eux aussi?

 

 

l boitani

 


 

SOURCE : http://www.ruralpini.it/Commenti-12.12.12-The-grey-film.htm