Texte paru sur le site de l'Association piémontaise Alte Terre, Président Giorgio Alifredi :

 Le texte antérieur, traduit et posté ici a été allongé d'un chapitre pour les circonstances expliquées dans cet article :

Le nouveau est également signé par AdiAlpi, une mise à jour a donc été effectuée en septembre

 


 

1. La corruption vient du sommet

En Europe il existe un réseau très actif (dirigé par LCIE : Large Carnivore Initiative for Europe) coordonnant une trentaine de chercheurs sous la conduite du Pr Luigi Boitani, tous choisis sur la base de leur appartenance idéologique au parti pro-loup. Il élabore des politiques protectionnistes et détermine en particulier les "lignes directrices" des Directives et Conventions européennes sans laisser d'espace aux confrontations et aux débats avec ceux qui doivent subir ces politiques. Un exemple évident de l'Europe oligarchique des commissions et des bureaucrates qui ne prévoit pas de se soucier de la méthode démocratique, ni des communautés humaines ! Quelle tristesse de constater qu'en Europe on consacre tant d'argent pour le repeuplement et la protection des loups, des ours et des lynx dans les Alpes, alors que par ailleurs on manque de tout pour les besoins élémentaires des enfants des montagnes, une vraie espèce en voie de disparition !

2. Pour les Parcs le loup est un business

Cela fait maintenant vingt ans (depuis lʼInterreg II ʼ94-ʼ99, dédié au loup) que le Parc des Alpes Maritimes est protagoniste et leader de ces politiques européennes tombées d'en haut, insensées et anti-humaines, pour rapporter de l'argent à la maison. Certes, en temps de crise économique, avec les difficultés budgétaires, chaque institution doit faire en sorte de pouvoir financer ses activités. Mais nous pensons que rechercher des financements publics pour développer des activités qui provoqueront des dommages certains à l'ensemble d'une catégorie professionnelle vivant de manière soutenable dans les Alpes depuis des millénaires est une pratique immorale. Un dirigeant public responsable ne peut s'auto justifier avec l'habituelle litanie : "C'est voulu par l'Europe". En effet, en regardant bien, ce n’est pas le loup qui intéresse, mais plutôt les financements que la politique pro Grands Carnivores arrive à obtenir depuis 20 ans. Avec une myopie habituelle, on ne fait pas ce qui est utile au territoire, mais ce qui est financé par un pouvoir lointain poussé par des intérêts souvent peu avouables. Il est vraiment regrettable de constater le nouveau rôle déplacé que jouent les Parcs, qui, profitant de l'absence de représentation politique de la montagne, promeuvent ou participent à des projets qui conditionnent négativement la vie de l'homme en montagne, en se plaçant en conflit avec les populations locales. Encore plus regrettable de voir le Corpo forestale, directement et activement engagé sur ce terrain, mettre à disposition (dans ce cas contre quelques Land-Rovers payées par WolfAlps) des casernes et des hommes au service d'une idéologie environnementaliste de matrice anglo-saxonne (Style WWF), étrangère à la culture et à l'histoire des Alpes, et qui ne pourra provoquer que des dommages !

3. Loups et pastoralisme

Dans les zones fréquentées par des meutes de loups la situation est devenue insoutenable pour ceux qui ont des activités pastorales. Quel entrepreneur peut accepter d'être attaqué sur sa propriété de façon imprévisible et violente sans avoir le moindre droit de se défendre ou de réagir ? Si un voleur quelconque ou un assassin entre dans mon magasin ou dans ma maison pour piller ou tuer, il a peut-être ses raisons, il a peut-être faim, mais moi si je peux ne vais-je pas tenter de l'en empêcher ? Pour le berger, son troupeau, sa richesse, n'est pas faite de choses ou de biens remboursables, mais d'animaux vivants qui partagent sa vie, qu'il connaît, qu'il a sélectionné depuis des générations et qui ont au moins le même droit naturel de vivre que les loups agresseurs.
De quel droit contre nature veut-on les empêcher de réagir activement aux attaques ? Aucun remboursement ne peut restituer les dommages subis, le stress imposé, la perte de sens de son propre travail. Ce n'est qu'en reconnaissant le rôle social du berger avec ses droits de pâturage et de protection active de son troupeau qu'on pourra réduire le conflit entre hommes des montagnes et loups, mais certainement pas avec la politique adoptée jusqu'ici pour compenser en quelque sorte ces dommages avec de l'argent : nous n'élevons pas pour nourrir les prédateurs !

4. Antropophagie

Lʼanthropophagie n'est pas de l'imagination littéraire, mais une réalité concrète, attestée partout dans l'histoire, que seule une folie idéologique veut ignorer à tout prix. Il est vrai qu'il fut un temps où les loups avaient tendance à éviter les hommes par peur atavique, même si on retrouve dans les archives historiques des témoignages qui attestent (dans le Piémont en en Ligurie aussi) de cas d'attaques répétées contre des personnes de la part d'une même meute devenue coutumière de l'anthropophagie. Ensuite tout le village menacé se mobilisait jusqu'à l'élimination des loups en cause.
Les affirmations rassurantes des soi-disant experts, professeurs d'université qui n'ont jamais vécu à la campagne, sont ridicules et se réfutent d'elles-mêmes : si "des siècles de persécution ont amené l'espèce à craindre et à fuir l'homme", aujourd'hui qu'il n'est plus persécuté on verra rapidement une population de loups dépourvue de toute crainte face à l'homme...alors l'agression sur un être humain pourra très bien ne plus être "une hypothèse très peu probable" !
Par ailleurs il existe de nombreux témoignages d'attaques récentes en Inde, en Turquie, en Russie et même en Amérique du Nord (ces dernières sont particulièrement significatives car survenues à l'intérieur ou aux abords de Parcs où il y avait eu réintroduction). Et malheureusement, chez nous aussi, dans les Vallées de Cuneo, les signalements de situations critiques de pré-attaques de loups contres des hommes se multiplient. Nous avons une crainte fondée que cela ne soit plus qu’une question de temps....

5 Quelle cohabitation ?

Une cohabitation pacifique et durable entre loups et animaux domestiques à l'intérieur d'une même zone est impossible : les territoires de chasse des uns ne peuvent coïncider avec les zones de pâturages des autres. La présence simultanée des deux génère inévitablement des conflits, comme le montre de façon catégorique l'expérience de ces dernières années.
Les mesures de prévention proposées, enclos électrifiés et chiens de défense, comme nous l'avions déjà dénoncé sont inefficaces et ne peuvent être utilisées que dans certaines conditions. Les bergers et les montagnards sont conscients que les transformations des conditions anthropiques et sociales de la montagne, de même que le changement de la mentalité collective en plaine, imposeront cette cohabitation forcée avec le loup pendant une longue durée (mesurable en décennies). Il faut donc créer le cadre juridique pour que cette cohabitation ne soit pas totalement au détriment des gens et des bergers de montagne, à qui il faut garantir la possibilité de se défendre quand ils se sentent menacés, eux-mêmes ou leurs animaux.
Refuser ce droit naturel à l'autodéfense, en plus d'être l'expression d'une intolérable arrogance et d'un mépris pour ceux qui se trouvent en position de victime, signifie abandonner à son sort toute une catégorie sociale, ne pas reconnaître la dignité du métier traditionnel qu'elle exerce, ne pas accepter que l'inévitable affrontement entre bergers et loups puisse se faire à armes égales ! Le loup est un prédateur carnivore qui bien sûr a le droit naturel de tuer d'autres animaux pour se nourrir. Il choisit sur la base de son intérêt, de la disponibilité des proies, des chances de succès, de l'expérience déjà acquise par la meute, qu'il s'agisse d'animaux sauvages ou domestiques. Il existe un droit, tout aussi naturel, de défense active du berger face aux prédateurs spécialisés qui agissent en meutes. Depuis que des armes à feu sont disponibles (dans les Alpes à partir du 17ième siècle), l'homme a toujours empêché la prédation du loup en tirant. Le but étant de ne pas faire oublier aux nouvelles générations de loups réintroduits les antiques fondamentaux : se tenir loin des humains parce qu'ils peuvent représenter un danger pour leur survie. Il ne s'agit pas d'exterminer, mais de faire comprendre au loup par le seul moyen techniquement possible que le bétail domestique n'est jamais une proie intéressante !
Selon l'exemple de ce qui se passe dans des zones géographiques hors de l'Europe où traditionnellement on cohabite avec les loups, et aussi selon ce qui est déjà expérimenté dans certaines zones des Alpes françaises où le Préfet a autorisé la garde de troupeaux avec port d'arme, il faudra chez nous aussi dépasser ce tabou et autoriser le port d'arme pendant la garde du troupeau aux bergers qui en ont besoin à cause de la proximité des loups. Il suffira de se doter d'un droit au port d'arme et de se limiter à agir à l'intérieur de la zone de pâturage.

6. La politique est absente !

Qui gouverne la montagne piémontaise? Veut-on vraiment laisser la politique environnementale de la montagne entre les mains des fonctionnaires des Parcs ? Les Communautés de Montagne avec des maires absorbés par mille problèmes et par les diktats financiers, qui continuent à représenter auprès des institutions appropriées la voix des montagnards, sont-elles mortes ?
Quelle est la position de lʼAssessorat du territoire (alpin) qui a aussi la délégation sur les Parcs ? Le vide laissé ces dernières années par les institutions élues a progressivement été rempli par des politiques unilatérales, uniquement employées à défendre une "Nature" perçue de manière abstraite, idéologique, urbaine. Entre les mains des écologistes fanatiques, la protection absolue des Grands Prédateurs devient une nouvelle forme de colonisation de la montagne, visant à imposer une image de la nature et de l'environnement typiquement citadine.
On est en train de préparer un futur où les montagnards seront enfermés dans une réserve, un parc clos, ou peut-être qu'il sera préférable qu'ils disparaissent, émigrent, pour que le projet barbare de "réensauvagement des Alpes" se réalise !
Nous montagnards, nous ne sommes pas d'accord, nous levons la voix, nous attendons aussi que la politique officielle prenne position !
Sur la base de ces considérations, les Associations Alte Terre et Adialpi, se font porte parole des gens des montagnes piémontaises, non (ou si peu) représentés dans les institutions politiques, surtout européennes où se décident les politiques environnementales ; et nous affirmons avec force le droit de pouvoir vivre tranquillement entre nos maisons et nos champs, de pouvoir encore envoyer un enfant au pâturage sans peur, de pouvoir travailler sans que des animaux sauvages dévastent régulièrement le peu mais essentiel fruit de notre travail ! Ceux qui vivent et travaillent encore en montagne exigent au moins qu'on arrête de financer avec l'argent de tous cette politique environnementale insensée de défense des Grands Carnivores dans les Alpes, qui en réalité signifie réintroduction et propagation ! Il faudrait se demander quel est le sens de la stratégie des Directives environnementales européennes, se demander où se situe le contrôle démocratique de ces politiques, dont les lourdes conséquences retombent sur les têtes de ceux qui vivent en montagne, et favorisent l'abandon. Nous ne voulons pas que cet argent soit dépensé pour la protection d'animaux dangereux pour les êtres humains : les conséquences à long terme, négatives et irréversibles, sur la vie de lʼhomme dans les Alpes sont très nettement supérieures à l'apport positif de quelques emplois dans les Parcs. Nous aimerions faire comprendre que la protection de l'environnement ne passe pas par la création et la prolifération continuelle et préoccupante de zones protégées, dans lesquelles les prédateurs trouveraient leur habitat naturel, mais par la présence juste et respectueuse de l'homme qui vit avec la nature où il travaille au quotidien.
Cet équilibre existe depuis des siècles dans les Alpes, comme le savent bien tous les amoureux de la montagne qui viennent passer leur temps libre en randonnée ou dans les gîtes. Et on ne peut pas en dire autant quand on descend dans la plaine. Pas de Parcs, pas de loups, nous voulons pouvoir vivre et travailler en harmonie avec notre Terre, et offrir un avenir à nos enfants !

Dronero 11-9-2014 Président de Alte Terre : Giorgio AlifrediPrésident de AdiAlpi : Giovanni Dalmasso

 

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