Suite à deux articles parus dans la presse (Cuneo7) :

Un premier où Mariano Allocco de l’association Alte Terre pose la question dérangeante de la dangerosité du loup pour l’homme, estimant que cet aspect du problème n’est pas à négliger, vu ce que les sources historiques rapportent (notamment l’étude historique : L’homme et la ‘bête anthropophage’: histoire du loup dans l’Italie septentrionale du XV au XIX siècle - Mario Comincini - Edts. Unicopli ) et où il dénonce les Parcs qui sortent de leur mission et même de leurs frontières avec le projet «WolfAlps », sans concertation avec les élus de base, les maires.

Un second article, une réponse du service de presse de WolfAlps qui affirme que : les contextes historiques n’ont rien à voir ; la probabilité d’attaque sur l’homme n’est pas exclue mais extrêmement limitée, en citant également une étude historique signée par plusieurs auteurs, dont le même Comincini, (à la différence que c’est un rapport assez court comparé au travail ultérieur cité par M. Allocco) pour rappeler que les victimes étaient principalement des enfants. La comm de WolfAlps justifie aussi que le projet ne peut pas être de l’argent jeté par les fenêtres puisque le but est de favoriser la colonisation du loup dans les Alpes avec des coûts sociaux et économiques moins importants que ceux enregistrés dans les vallées du Piémont... ( ce qui veut dire en passant qu’ils reconnaissent le coût économique et social dans les alpes piémontaises)

Voici le troisième chapitre, une réponse de Mariano Allocco :

« Est-ce que le loup concerne seulement les éleveurs de montagnes ? Ou des aspects concernent la sécurité des personnes ? Que va-t-il se passer maintenant qu’il descend en plaine ? Le loup n’est pas un animal de montagne, on peut s’attendre à ce qu’il soit partout dans la campagne et qui doit s’en occuper ? Je sais que je soulève une question épineuse en parlant de son anthropophagie, sujet rude, mais la vie en montagne est rude et moi je le suis aussi. Que cela plaise ou non, il faudra l’aborder de «manière réfléchie et sans hystérie» et j’ajoute aussi sans mystifications, et c’est pour cela que je répète qu’il n’est pas vrai que depuis 150 ans il n’y ait pas eu d’attaques en Italie. Il y a des sources journalistiques qui en attestent sur notre montagne jusqu’à la fin du dix-neuvième. Dans les Abruzzes, il y a des attaques documentées, en 1924, par le Pr Altobello, naturaliste spécialiste du loup ; entre 1914 et 1924, 6 morts, un soldat, un mendiant, quatre femmes, tous des adultes.(http://www.storiadellafauna.it/scaffale/testi/alto/vie.htm). Le service de presse de WolfAlps cite un rapport de Cagnolaro-Comincini de 1992, je renvoie à un livre plus récent et consistant du même Comincini : « L’homme et la bête anthropopage, Ed. Unicopoli », 340 pages de documents pour réfléchir. Le contexte rural a changé, nous sommes d’accord, mais c’est justement ces changements qu’il faudrait étudier parce que le loup est un animal opportuniste et malin. Par exemple, est-ce que la présence d’hybrides, toujours en augmentation, amènera à des comportements différents ? Sur les hybrides je renvoie à : http://www.plosone.org/article/info%3Adoi%2F10.1371%2Fjournal.pone.0086409#pone-0086409-g005

Les actions devraient être internationales avec des politiques concordantes entre les Etats alpins, ce n’est pas le cas. En France on tire, est-ce que cela amènera à une migration des loups vers chez nous ? Une augmentation des prédateurs sur les montagne poussera-t-elle le gibier en bas ? Un des quatre facteurs d’attaques contre des humains (lisez aussi les trois autres !) est « quand le loup perd la peur face à l’homme, par exemple dans certaines zones protégées, il y a une augmentation du risque d’attaque », cité dans un document du Norsk Institutt for naturforsking. Quels conseils donner à ce sujet ? Aux USA, une fille qui courrait en écoutant de la musique a été dévorée par des loups. Est-ce logique de s’arrêter à ce qui s’est passé en Italie depuis 150 ans ou est-ce opportun de comprendre ce qui se passera avec un prédateur qui s’impose de nouveau et ne connaît pas de frontières ? Ici les jeunes enfants qui vont au pâturage sont rares, mais ce n’est pas vrai qu’il n’y en a plus. Il y a un siècle, il n’y avait personne se promenant dans les bois avec un toutou, ni faisant du jogging avec des écouteurs. Cela vaudrait-il la peine d’étudier la question ? Je pense que oui, mais ensuite qui doit en assumer la responsabilité ?

Si je rapporte ces quelques considérations ce n’est pas pour engager des discussions stériles, mais pour expliquer pourquoi je suis convaincu que ce sujet doit être signalé aux organismes compétents, et j’ai aussi la conviction que c’est pas au patron du bistrot qu’il faut demander si la vin est bon*! Je reconnais, et ce n’est pas la première fois, qu’il y a du professionnalisme, de l’excellence et de la ruse dans les actions des Parcs, qui avec WolfAlps, primum vivere/vivre d’abord, ont comblé un vide laissé par la politique. Mais le résultat est que nous sommes face à une approche schizophrène de la montagne ; d’un coté on dispose de ressources surabondantes pour favoriser le retour des prédateurs, et d’un autre on veut économiser à tout prix pour préserver la seule espèce en voie de disparition en montagne : l’homme. Et c’est une question à mettre sur la table des politiques et non de WolfAlps, et là les excellences sont autres, et les loups ont une autre apparence. Voilà pourquoi je me permets à nouveau, à voix basse, de suggérer à ceux qui ont des responsabilités d’approfondir ce qui concerne la sécurité publique.

 

* "demander au patron si le vin est bon" est une expression signifiant "poser des questions idiotes"

 

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Source: http://www.alteterre.org/2014/03/parole-scomode-dalla-montagna.html

Pour finir un petit extrait de la conclusion du livre «Sur les pas du loup» de Jean-Marc Moriceau, qui en plus d’être la synthèse d’un travail remarquable est aussi un livre magnifique, facile à lire et richement illustré :

« ...Le repli de la population rurale et la contraction des paysans ont affaibli la voix des détracteurs traditionnels de Canis lupus. Sans pour autant gagner la certitude d’une opinion urbaine, qui cherche avec lui l’emblème du sauvage et qui l’érige en baromètre de la wilderness, ce changement de perception a favorisé l'inversion du statut de l'animal, passé rapidement d'ennemi à détruire à espèce à protéger. Tant que les discours restaient éloignés de toute rencontre effective, les débats demeuraient circonscrits. Mais avec le retour prévisible du loup en France, la question a pris un tour très différent. L’idéalisme des uns s’est heurté à des réalités têtues et le canidé sauvage est revenu avec toutes les qualités d’endurance, d’intelligence et d’adaptation que l’histoire lui avait reconnues. Opportuniste et ubiquiste, excellent évaluateur des failles dans l’organisation sociale et l’occupation du territoire, il excelle à en tirer parti... »

 

 

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J.R. Brascassat,Tête de loup, huile sur toile, 1837

 


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