Article signé Robi Ronza, journaliste et écrivain, paru en novembre 2013 dans le journal catholique "La Nuova Bussola Quotidiana", traduction publiée ci-dessous avec l'aimable autorisation du journal .

 


 Il y a des nouvelles dramatiques souvent censurées en Italie alors qu’ailleurs elles font la une : il s'agit du retour des loups qui ont dévoré ou provoqué la mort de presque 6000 brebis en France l'an dernier, tandis que dans les Alpes piémontaises ils rendent le pastoralisme impossible à beaucoup d’endroits.

La raison pour laquelle les extrêmistes de l'écologie se mobilisent pour censurer le problème et réagissent avec colère contre ceux qui le soulèvent est évidente : parce qu'il fait ressortir la non-viabilité de cette écologie pour qui l’homme n'est qu'un intrus dans la nature et un facteur de déséquilibre, une présence laissant des «empreintes» indésirables. Dans une telle perspective, en attendant que l’homme disparaisse de la surface de la terre, il est prié de ne pas trop déranger, et donc...d’apprendre à cohabiter avec les grands carnivores.

Rien que pour nous éduquer à cohabiter avec le loup dans les Alpes, l'Union Européenne n'a pas hésité en 2012 à affecter six millions d’euros pour, entre autres, des mesures de «conservation» de l'espèce et pour «réduire l'impact de la prédation» sur le «bétail», deux objectifs qui s'excluent l’un l’autre (à moins de fournir aux loups de la viande en boite). Reste encore la question de notre éducation à la cohabitation avec l'ours, le sanglier, ainsi de suite.

Ce n'est pas seulement un nouveau coup porté par cette écologie abstraite et irresponsable dans le dos de ceux pour qui la montagne est leur lieu de vie et pas uniquement le rêve d'une nuit d’été. C’est un problème qui touche aussi tous les Pays développés et qui va bien au-delà des zones non urbanisées où les grands prédateurs carnivores (mais aussi les sangliers et autres herbivores dévastant pâturages et vignes) sont en train de se répandre.

Etant donné que l’intouchabilité du loup en Italie fait totalement partie de la culture du «politiquement correct», et ce n'est pas pour rien de matrice typiquement urbaine, il est significatif que depuis quelques mois - après avoir été longtemps relégué dans les chroniques locales - le problème apparaisse maintenant dans les pages principales d'un quotidien d'importance nationale tel que La Stampa ; peut-être inévitable du fait que, comme nous le disions, dans différentes vallées des Alpes piémontaises le retour du loup fait déjà depuis un temps des dégâts considérables.

« La France chasse les loups, l’Italie les protège », voici par exemple ce qui faisait la Une de La Stampa le 15 Octobre dernier, qui commentait en trois colonnes la photo d’une meute de loups dans la neige. Dans les pages intérieures, un grand espace développait l’argument, avec une habile médiation entre le «politiquement correct», qui en Italie impose son regard sur tout ce qui concerne le loup, et les décisions prises en France en 2012 après que 5848 brebis et chèvres aient été dévorées par les loups. Vingt ans après leurs premières réapparitions en France, on estime à 250 le nombre de loups répartis principalement dans les régions du Sud-est, mais aussi en Lorraine et dans les Pyrénées.

Dans la région Provence Alpes Côte d' Azur (PACA) - où des battues de chasse au cerf et au sanglier étaient déjà autorisées pour réguler leur population dans des limites compatibles avec la protection de l'agriculture - Paris a aussi permis la chasse aux loups pour les mêmes raisons. Mais la décision est bloquée par un recours des Verts auprès du Conseil d'Etat contre lequel les organisations de bergers et d’éleveurs se sont mobilisées.

Mais le problème ne se pose pas qu’en France. En Allemagne, le loup est réapparu dans les plaines peu peuplées du Brandebourg qui entourent la capitale du pays. La nouvelle a été reprise même par The Economist sous le titre choc «Les loups s’approchent de Berlin ». En Suisse, à partir du Canton des Grisons, des initiatives populaires se multiplient pour obtenir une révision de la convention internationale signée entre autres à Berne en 1979, et qui interdit strictement la chasse aux loups pour le protéger de l'extinction. Aujourd’hui ceux qui demandent cette révision, observent à juste titre, que ce ne sont plus les loups qui sont menacés d’extinction mais les bergers et les éleveurs. A Poschiavo, ville principale de la vallée homonyme italophone des Grisons, où le problème a surgi après que des ours soient sortis du Trentin, une Association pour un Territoire libre de Grands Prédateurs est née en recueillant une large approbation.

Pendant ce temps, on apprend qu’aux USA, malgré l'opposition des écologistes, le président Obama a réaffirmé la volonté de son gouvernement d'autoriser la chasse «pour le contenir» dans tous les Etats où - après sa réintroduction dans les Montagnes Rocheuses septentrionales – l’animal s’est répandu jusqu’à devenir une présence intenable. C’est à dire dans une grande partie des Etats-Unis : Nord-est, Nord-ouest, Montagnes Rocheuses méridionales et Californie.

Chez nous en Europe, en particulier dans les hautes terres des Alpes ou d’autres massifs montagneux, le retour des ours (bien qu’étant omnivores sont aussi carnivores, différents de ce que montrent les dessins animés), des loups, des sangliers et des cerfs (les premiers détruisant les pâturages, les seconds les forêts) rendent le pastoralisme et les alpages de plus en plus difficiles, avec des dégâts sur l’environnement alpin qui vont bien au-delà des intérêts immédiats et légitimes des bergers et des éleveurs. Aux États-Unis, où il n’y a que 33 habitants au km² et non 201 comme chez nous, les loups descendent des montagnes désertes vers les grandes vastes plaines, ponctuées de centres urbains éloignés les uns des autres, ce qui représente une bonne partie du territoire du Pays. Les aberrations provoquées par une écologie extrémiste ennemie du genre humain gagnent l’ensemble du monde industrialisé.

 



Un autre article signé Robi Ronza sur ce tème est ICI