Présentation du fim, retranscription de texte et traduction en français faites par le blog "Le Loup des Voisins" :

Un film de l’anthropologue Valentina De Marchi fait à partir des images tournées par un berger dans le Parc Adamello-Brenta (à Malga Ghirlo). Tout est vrai, ours, troupeau, chiens, hommes, c'est du vécu au quotidien. Une incroyable immersion dans l'univers de ce berger avec les ours qui rôdent. Une vision qui n’est certes pas celle d’un «éco-touriste», encore moins celle d’un écologiste totalement plongé dans les théories, mais vraiment celle d’hommes qui ont pratiqué cette « cohabitation » avec des ours qu'on pourrait dire "semi-domestiques" ! Des ours qui n'ont pas peur des hommes et ne s'éloignent pas du troupeau car c'est une nourriture facile. Il n'y pas de haine, mais beaucoup de réalisme. La cadre est magnifique. Le berger s’appelle Lorenzo Froner, il a tant observé l’ours qu’il en est devenu un spécialiste lui aussi. Mais au bout de quelques années de "cohabitation"  Lorenzo a décidé de quitter l’endroit après qu’un ours ait attaqué son fils Matteo. Un autre berger a repris son alpage à la suite, il a également jeté l’éponge deux ans plus tard. Ainsi va l'abandon qu'on imagine être une sorte de "fatilité du monde moderne". La première fois que Lorenzo a vu un ours c’était en 2001, il a commencé à le filmer durant l’été 2004, et a continué les années suivantes. Il dit avoir tant filmé qu’il a fini par se lasser ! Michele Corti sur son blog Ruralpini a écrit en 2012 un article très intéressant après avoir vu ce film. (Il est traduit ici).

On peut le visualiser sur Viméo. Il y a une aussi une version sous-titrée en anglais ce qui permet de comprendre les dialogues entre les bergers et les passages poétiques. Le texte qui suit est uniquement la transcription en français de ce que dit Lorenzo dans les parties en noir et blanc du film, où c'est la voix d'un narrateur qui reprend ses propos.

 

 

Compagno orso vimeo

 


Version italienne : http://vimeo.com/70651011

Version sous-titrée en anglais : http://vimeo.com/68612777

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Celui-ci au début du film raconte qu’un jour il a vu l’ours, de près, 10 m, au point de pouvoir sentir son odeur acre, et il a décidé d’acheter une caméra même s’il ne savait pas vraiment s’en servir parce qu’il avait peur que les gens ne le croient pas et même son épouse ! « Je ne savais pas très bien comment m’en servir mais j’étais sur de vouloir le filmer »

Les vieux bergers racontent qu’autrefois l’ours ne se faisait jamais voir, le matin ils trouvaient des brebis dévorées, ils voyaient les traces de l’animal. « Les ours d’autrefois avaient un autre comportement, ils étaient plus sauvages ».

« En 98/99 avec le projet Life Ursus, environ 15 ours ont été apportés sur les montagnes du Brenta. Mais les journaux racontent des mensonges, je pense qu’ils en ont introduit plus....Il y avait 7/8 ours autour de mon alpage chaque année, sans compter les oursons. Depuis les ours se sont reproduits et aujourd’hui ils sont plus de 40 individus.  Mais vous comprenez ? Ils sont trop nombreux pour une zone habitée comme la notre ».

« Tant de fois je n’ai pas réussi à le filmer. J’arrivais et je voyais tout à coup qu’il était en train de blesser une brebis. ...entre l’émotion et la surprise je n’avais pas le temps de sortir la caméra du sac et de l’allumer. Difficile de garder son calme et de continuer à filmer quand l’ours est là, à deux pas du troupeau, affamé, menaçant »

« L’ourse avec ses deux petits était la pire, celle-là parfois elle me faisait peur à moi aussi, elle ne s’enfuyait jamais, elle était née là-haut, elle était jeune, à sa première portée. Daniza l’ourse avec un seul petit était moins mauvaise. Daniza était plus âgée, elle était la mère de l’ourse avec deux petits ».

« On m’a dit qu’il était rare de voir un ours au milieu d’un troupeau, moi je l’ai vu de très nombreuses fois de près pendant qu’il était en train de me dévorer une brebis sous les yeux. Je l’ai vu jusqu’à le connaître, jusqu’à lui parler. L’ours et moi, nous nous regardions, je l’observais pendant qu’il mangeait ma brebis. Il savait que j’étais là, de temps en temps il relevait la tête pour surveiller, mais il savait aussi que je ne lui ferais rien, nous nous connaissions »

« L’ours privilégie les proies qui viennent d’être tuées ; les brebis qu’il tue, s’il peut, il les mange de suite, il n’attend pas qu’elles prennent une odeur. Puis, il cache les carcasses sous l’herbe et les recouvre avec beaucoup de soin de sorte qu’à distance c’est impossible de les voir. Ainsi, quand il a faim, il sait où revenir et il se contente alors de la viande putréfiée »
( on voit dans le film un ours qui déterre une carcasse, vers 16’)

« L’ours sait choisir les meilleures brebis, les plus grasses, il ne tue pas les maigres, il est vraiment salaud ! Seuls les ours inexpérimentés prennent les brebis boiteuses ou malades. »

« J’ai appris à distinguer les ours à partir de leur taille, de la couleur de leur fourrure et de leur comportement. Je les voyais grandir d’une année à l’autre, d’oursons devenir adultes, de filles devenir des mères. »

« L’ours peut attaquer aussi bien la nuit que le jour. S’il a faim, même le double enclos électrifié ne l’arrête pas. Quand les brebis sont dans l’enclos et sentent arriver l’ours, elles s’affolent. Ce soir-là, quand l’ours est arrivé, à quelques pas du refuge, j’ai entendu les brebis bêler très fort. Elles s’appelaient entre elles, les mères cherchaient les agneaux et elles s’entassaient toutes les unes contre les autres. Elles sentaient la mort s’approcher de l’enclos. »

« Une nuit l’ourse avec ses deux petits m’a tué 14 brebis. Cette fois il y avait mon aide berger Carlo au refuge, et le matin quand il est arrivé vers le troupeau, il a trouvé le filet à terre et l’ourse toujours là, à l’intérieur de l’enclos, qui tuait des brebis. Alors Carlo l’a affrontée avec son bâton. « elle se tenait debout, tu aurais dû voir ça » m’a-t-il dit. Mais il a été difficile d’éloigner l’ourse parce que les oursons restés à l’intérieur de l’enclos avaient peur des décharges d’électricité. La mère les attendait dehors, mais eux n’osaient pas sauter le filet et Carlo les chassait avec le bâton. La moitié des brebis s’étaient échappées et on les a retrouvées loin, elles avaient marché 3/4 km pendant la nuit. Elles étaient terrorisées les pauvres bêtes. Quatorze brebis tuées cette fois là, quatorze ! Et je n’ai pu filmer que les carcasses. Après ce massacre de brebis, le Corpo Forestale (équivalent ONCFS) est même intervenu pour faire peur à l’ourse et l’éloigner. Les techniciens ont tiré des projectiles depuis l’hélicoptère, l’ourse courrait, terrorisée. Le jour suivant, à Trente, on en parlait dans tous les journaux. Cela a créé une polémique parce que l’hélicoptère s’était déplacé, sans donner d’explication officielle. Il est clair que le C. Forestale ne voulait pas alarmer l’opinion publique.»

« Moi je n’ai rien contre l’ours. Certes, si on les laissait en Slovénie, je serais content moi aussi. Mais je suis contre ‘l’organisation de l’ours’, c’est ça qui ne fonctionne pas. Car pour moi, il y a des gros intérêts économiques en jeu: la Province de Trente avec le projet de réintroduction de l’ours reçoit beaucoup d’argent de l’Europe, c’est la vérité. Je suis d’accord sur le fait que l’ours a le droit de vivre aussi, mais ce il n’est pas juste qu’il vive à mes dépens. C’est ma profession, mon métier, mes revenus. Ceux qui les ont apportés veulent te convaincre qu’avec l’ours tout le monde est gagnant, que c’est une ressource pour le territoire et qu’en fin de compte il ne mange que les brebis maigres, vieilles ou malades. Et le Parc t’indemnise en grande partie. C’est ainsi qu’ils essayent de t’avoir, mais je ne marche pas ! C’est ce que je ne supporte pas, ils ne comprennent pas que chaque brebis a une valeur différente, l’une peut valoir 50 et l’autre 200 euros, et il n’y a que moi qui puisse l’évaluer. Et puis si l’ours tue une brebis qui allaite, l’agneau mourra facilement, et la perte sera double. Sans compter le stress que chaque attaque provoque au troupeau, la baisse des naissances due à ce traumatisme. Et qui se préoccupe de ma souffrance de voir mes brebis tuées ? »

« Un jour l’ourse avec ses deux petits a attaqué mon fils Matteo, alors j’ai pris ma décision : j’ai abandonné pour toujours cette montagne, les pâturages et le refuge»

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compagno orso 1

 

Paura

 


 Le film "COMPAGNO ORSO " a été diffusé le 7 décembre 2014 dans le cadre du Festival du pastoralisme de Bergame (Lombardie)

 


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