Après l'agression d'une ourse sur un homme, un journal alternatif du Trentin publiait un coup de gueule d'une lectrice intéressant.

L'article qui suit, traduction d'un article de Ruralpini signé Michele Corti va dans le même sens que l'article de ce journal du Trentin, sauf qu'il ne s'agit pas d'un coup de gueule mais d'une explication beaucoup plus détaillée, étayée, des raisons pour lesquelles cette histoire d'ours du Trentin avait tous les ingrédients d'un mélange explosif...

Cet article de Ruralpini a été largement diffusé sur les réseaux sociaux, des milliers de partages, et même par des animalistes...Des éléments pour mieux comprendre la situation, donc.

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Source  : http://www.ruralpini.it/Commenti13.09.14-Parco-dell-orso-devastato.html

 

Parco dell'orso devastato

(13.09.14) Per la prossima stagione sciistica si sta realizzando a Madonna di Campiglio, in località Montagnoli, un lago artificiale da 204.000 mc che garantirà innevamento a 70 km di piste (di cui alcune nuove).

http://www.ruralpini.it

Traduction :

Réflexions sur le Trentin et les ours (pendant que dans le Parc de l'ours on poursuit sans arrêt les dévastations de l'environnement)

 

 

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On ne peut pas comprendre l'échec du projet Life Ursus si on ne reprend pas l'histoire à partir de ses motivations, de qui en a fait la promotion, de qui en a retiré des avantages ou au contraire des dommages. Si l'on ne comprend pas les contradictions entre l'image de l'ours "Seigneur de la Forêt" agitée en drapeau (comme elle a été présentée par le Service forestier du Trentin) et une réalité comme la pomme Melinda, provenant de ce Val di Non qui est à la fois le berceau de l'ours, mais aussi celui d'une des pires monocultures intensives que nous ayons, avec un large recours à la chimie de synthèse, ou comme les nouvelles et dévastatrices pistes de ski et des installations pour l'enneigement artificiel réalisées dans le Parc Adamello Brenta, avec le consentement et la bénédiction de ce même Parc, le Parc de l'ours.



Les contradictions explosives qui caractérisent Life Ursus et sa poursuite ont créé une situation devenue totalement hors de contrôle. Depuis des années, la Province autonome de Trente - après se l'être approprié - a "renié" Life Ursus, mais - et là s'ajoute contradiction sur contradiction - en maintenant à la direction de la gestion de la "partie ours" les promoteurs de Life Ursus, laissant la ligne politique de Life Ursus continuer à s'occuper de la communication, des rapports avec la population, de la gestion concrète des ours et de leur impact sur la population, les paysans, les apiculteurs, les bergers, ceux qui prennent soin des fermes de montagne.

La stratégie de communication qui a exploité sans scrupules l'imaginaire collectif dysneyien n'a jamais été "reniée" par la Province. La raison est facile à deviner: ce marketing de l'ours arrangeait beaucoup de monde, un "bloc social" localement puissant : les experts et les consultants qui ont obtenu de très bons emplois garantis dans le système public grâce à l'ours ; ceux qui étaient chargés de "vendre" le Trentin (différentes agences telles que Trentino spa) ; les hôteliers des plus importantes stations de ski ; les agents immobiliers ou les sociétés de stations de ski, et Melinda (la pomme aux 40 traitements pesticides)*.
Aujourd'hui ceux qui ont malicieusement caressé l'animalisme émotionnel dans le sens du poil ont de quoi le regretter amèrement. Qui sème le vent... récolte la tempête.


Si l'on présente l'ours comme une peluche vivante, on ne peut pas s'attendre à ce que le public urbain (et urbanisé) des documentaires sur la nature soit capable d'accepter qu'on tue un animal aussi mignon, aussi tendre et inoffensif. Si le Parc Naturel Adamello Brenta commercialise la peluche de Daniza (signé Trudi), on ne peut pas s'attendre à ce que les citadins comprennent que la peluche, la petite mère ourse, puisse être dangereuse et qu'il faille la retirer. Et si l'on y touche, ils se foutent sacrément en rogne. Et ils n'ont pas tous les torts, les pauvres.

 

trento film festival 2008


La Province de Trente s'est salement tirée une balle dans le pied puisqu'elle a tout fait pour convaincre les gens que les ours sont inoffensifs, pas dangereux, une manne touristique, une ressource phénoménale pour le marketing. Selon toute probabilité elle a aussi commis des abus à travers le personnel du Service Forestier. En effet, beaucoup de citoyens trentinois se sont plaints d'avoir été poussés par des employés forestiers à ne pas divulguer à la presse des épisodes de prédation, et, ce qui est plus grave, des attaques contre des personnes ou tout autre situation dangereuse dont ils ont pu être protagonistes ou témoins.
Et maintenant la Province, la grosse maligne, doit payer l'addition, avec intérêts. Le problème est qu'il existe un risque que ceux du Trentin qui n'ont jamais retiré le moindre avantage du programme de réintroduction de l'ours aient à payer eux aussi, et que, au contraire, les intérêts puissants - qui ont gentiment fait leur beurre avec l'image de l'ours - s'en sortent à bon compte. Comment est-ce possible ? Essayons de le comprendre.


Qui a perdu et qui a gagné

Pour comprendre pourquoi les choses ont mal tourné (et Daniza n'est que le début...), il suffit de constater que ceux qui contribuent à la dégradation environnementale (nouvelles pistes de ski dévastant des zones de haute valeur naturalistique, agriculture chimique avec le taux d'utilisation de pesticides le plus élevé d'Italie) se sont servis de l'ours pour un marketing territorial qui primait ses initiatives et ses produits. Mais des gens comme les bergers, les éleveurs, les montagnards, ceux qui fauchent les petites fermes et possèdent quelques têtes de bétail, et qui au contraire contribuent avec beaucoup de sacrifices (et sans reconnaissance ni soutien) à la préservation de l'environnement montagnard, ont subi de graves dommages au point d'abandonner les alpages et de cesser leur activité d'élevage. Mais le comble, est que ceux qui ont payé le plus cher l'addition, ce sont ces pauvres ours - comme nous l'avions dit à une époque où personne ne l'aurait imaginé, dans un article de Ruralpini de 2012 qui avait été repris par l'Adige (journal ndr). Ce malentendu pouvait-il tenir ? Le business de l'ours imposé de la sorte avec une répartition sociale entre bénéfices et risques à ce point déséquilibrée pouvait-il continuer ?

D'un coté la propagande de la Province de Trente a présenté l'ours comme une peluche inoffensive, la panacée pour tous les maux de l'environnement, la revanche de la nature non contaminée qui revient et demande espace et réparation, le roi guérisseur automatique qui, grâce à ses pouvoirs de thaumaturge "guérit" l'environnement malade. Une surcharge explosive. De l'autre coté, ceux qui vivent dans le Trentin ont pu voir de près que l'ours a servi de cache-sexe aux puissants intérêts économiques, sans aucune sensibilité pour l'impact social de l'introduction plutôt brutale des plantigrades, alors qu'on ne faisait rien pour permettre une acceptation participative. Pas besoin de scientifiques pour comprendre comment cela pouvait finir.


Après un sondage d'opinion Doxa qui comprenait aussi la ville de Trente (et effectué pour satisfaire l'UE), on a acheté les ours en Slovénie et on les a relâchés dans le Parc Naturel Adamello Brenta (PNAB). Puis le Dr. Groff a organisé des rencontres publiques pour expliquer que l'ours n'est pas dangereux, etc. Dans lesquelles "le public peut intervenir"(mais les rapports, les apports informatifs sont à sens unique et on "oublie" aussi des informations scientifiques incontestables concernant les cas récents d'accidents mortels en Europe). Il n'y a jamais eu aucune discussion avec ceux qui soutenaient des positions non appréciées par le Service forestier (peut-être que maintenant il fera un peu d'auto critique).


Résultat (certain et couru d'avance )

1) l'acceptation sociale de l'ours dans le Trentin a chuté progressivement et inexorablement, les habitants des vallées ne croient plus la Province et sont persuadés qu'elle dissimule les preuves de la dangerosité des ours (on parle aussi de deux cueilleurs de champignons tombés dans un ravin dans des circonstances non élucidées). Alors ils demandent - aussi parce que les touristes ont peur et ont commencé à s'en aller ou à manifester de l'inquiétude - que les ours soient éliminés jusqu'au dernier ou, dans une hypothèse plus modérée (dont le Président de la Province lui-même s'est même fait le porte parole) qu'on réduise leur nombre de moitié.

2) hors du Trentin, sollicité par les médias et les groupes écolo-animalistes, un mouvement pro ours grandit, sur lequel maintenant surfent aussi tous les partis politiques et le Palais. Ce mouvement prétend que les ours sont intouchables et accuse d'incompétence et de cruauté la Province et tous les trentinois sans distinction ; il appelle aussi à boycotter tout ce qui est ou provient du Trentin.

Morale de l'histoire : une situation ingérable et sans solution politique. La Province est prise entre deux feux : les habitants des vallées de plus en plus furax, les animalistes de plus en plus furax. Aucune possibilité de dialogue entre les deux fronts parce que des deux cotés les points de vue respectifs sont considérés "justes". Il faut aussi ajouter que la politique de Rome est en train de se servir de la situation pour remettre en question l'autonomie du Trentin. Le Trentin (ou plutôt sa classe politique) a également fait l'erreur de ne pas chercher de façon crédible des alliances avec les autres montagnards et refuser de partager son autonomie spéciale avec ses voisins (Dellai avait fait des manoeuvres purement propagandistes et tactiques avant de s'en aller à Rome). Donc, aujourd'hui, face à l'offensive centralisatrice, le Trentin des malins risque de se retrouver seul. Même avant Daniza la droite au pouvoir en Lombardie et Vénétie (régions qui ont de nombreux griefs à l'encontre du Trentin) a tiré sur la Province en utilisant le thème de l'ours ("En Lombardie, nous voulons le paradis des ours, nous sommes déçus par le Trentin qui ne montre pas de sensibilité pour ces animaux ", a déclaré l'assesseur Terzi de la Ligue, et peut-être que personne ne s'est souvenu que la Ligue a organisé des banquets avec de la viande d'ours), et Zaia, le petit Doge, a fait la même chose.
En ces jours d'hystérie collective, de rite d'expiation pour la mort de la Grande Mère ursine, les parlementaires de "droite" comme de "gauche" rivalisent pour lapider le Trentin et demander que le Corps Forestier d'Etat entre dans la Province autonome comme un corps d'occupation militaire en terre étrangère pour aller défendre les ours manu militari à la place des forestiers trentinois. Ce n'est pas Rossi qui doit démissionner (il s'est retrouvé le dernier avec le jeu en mains), mais ce sont ses prédécesseurs qui devraient aller se montrer devant les caméras et prendre leur responsabilité, qui devraient dire "nous avons fait les malins".



A la racine

Pour comprendre l'affaire des ours du Trentin, il n'y a rien de mieux que constater ce qui se passe ces jours-ci au coeur du Parc de l'ours, et vérifier comment celui qui a donné le "la" à Life Ursus est en train de protéger l'environnement : le Parc Naturel Adamello Brenta (PNAB).

 

 

logo-pnab



A la racine de tous ces ennuis, il y a Life Ursus et il y a le PNAB. Le PNAB est une bonne partie du problème et du désastre parce qu'il a utilisé effrontément les ours pour se faire valoir (nous avons vu les peluches vendues par le Parc). Et pour ce faire, il n'a même pas hésité à exposer des ours dans des zoos (pudiquement définis: centres de visites à des fins éducatives). Il n'en reste pas moins que confiner des ours dans des espaces limités, comme même des non-experts peuvent le deviner, est une cruauté. Il faut ajouter que les ours du zoo de Spormaggiore ont été castrés pour éviter que les mâles excités sautent acrobatiquement la clôture attirés par les femelles en chaleur et fassent de dangereux bordels (c'est le cas de le dire). Ce Parc a un véritable amour pour les ours, n'est-ce pas ?

Mais venons-en à l'amour du Parc pour son propre territoire. Si l'on entend par "Parc" administrateurs, dirigeants, fonctionnaires, bureaucratie, alors là les choses sont très différentes. Ils aiment sincèrement le Parc, c'est à dire eux-mêmes, leurs intérêts, leurs poches, les poches des amis et celles des amis des amis. Le Parc devrait protéger l'environnement et à l'inverse il approuve et bénit sa dévastation.

Dans la zone du Parc on a réalisé la liaison téléphérique entre Pinzolo et Madonna di Campiglio. Pour obtenir des financements publics qui, dans le Trentin - grâce à l'escamotage de Trentino svillupo S.p.A. - contournent les règles européennes sur les aides d'État et arrivent à 80-100%, les rusés administrateurs publics (locaux et provinciaux) ont justifié les investissements par la "mobilité durable" (les gens laissent la voiture et prennent la télécabine, chose qui ensuite ne s'est pas passée).
Dans la planification de la construction des installations à câbles (60 millions €, soit plus du capital de Pinzolo funivie, par ailleurs lourdement déficitaire) l'action était présentée comme vertueuse et la construction de nouvelles pistes était catégoriquement exclue. Mais comme on pouvait s'y attendre, la demande d'autorisation de nouvelles installations est arrivée au bon moment, et le Plan territorial de la communauté des Giudicarie a tout de suite pris acte, d'abord dans un projet, puis dans le plan définitif, de ce que désiraient les sociétés des installations. Certaines ont déjà été réalisées (la zone des cinq lacs) pour la saison de ski de 2013-2014, et d'autres - faisant aujourd'hui l'objet de fortes contestations - ont été approuvées en 2014, après un avis positif (imaginez si ce n'était pas la cas) de la société publique de conseil Agenda 21.



De lourds impacts environnementaux

Avec ces nouvelles pistes qui concernent la zone de Serodoli, on crée une liaison, skis aux pieds, Pinzolo- Madonna -Marilleva (Val di Sole). Mais le prix à payer est élevé en termes d'image et d'impacts concrets sur l'environnement. Face à des pistes qui ont une incidence sur un site d'intérêt communautaire (SIC) et sur une réserve intégrale et de toute façon reconnu comme un environnement de grande valeur naturalistique, paysagistique, ethnographique et affective pour de nombreux randonneurs trentinois, les écologistes, et surtout la SAT, la Société des Alpinistes du Trentin, ont manifesté une forte contrariété et même le Parc a rendu un avis négatif. Mais concernant les autres pistes déjà réalisées ou approuvées, le Parc a donné un avis favorable. Elles ont créé un déboisement étendu, coupant la forêt en tranches. Il s'agit d'interventions qui pendant leur réalisation (bulldozers, chantiers, bruits) perturbent fortement la faune sauvage, même l'ours sacré qui est le totem du Parc. Mais on fait comme si de rien n'était.

Mais les administrateurs et la bureaucratie du Parc sont-ils vraiment intéressés par l'ours ? Nous pensons que non. Il est bien certain qu'ils ne s'occupent pas du tout d'une autre espèce magnifique, emblème de l'avifaune alpine : le grand tétras. Le grand tétras est une espèce vulnérable, en régression dans l'arc alpin. Du fait de sa biologie particulière, il est fortement exposé aux perturbations et aux changements de l'habitat. Mais le grand tétras ne soulève pas ces pulsions ancestrales, ces tempêtes émotionnelles, ces mécanismes d'identification que peut provoquer la représentation de l'ours (l'animal en chair et en os est bien sûr autre chose).
Ours et archétypes, imaginaire humain sont inextricablement liés. C'est un matériau explosif. Mais personne n'a demandé l'avis d'anthropologues ou de psychanalystes. Les ursologues étant dépositaires d'un savoir autosubstantiel et autoréférentiel, leur science infuse suffisait. Il n'y aura jamais de manifestations, de pétitions, de questions parlementaires pour le grand tétras.


Pour ceux à qui la montagne tient à coeur, par contre, le grand tétras tient très à coeur. Nous sommes peu, patience. Évidemment et comme c'est le cas pour tant de projets qui dévastent le territoire, les experts bien payés sont prêts à jurer qu'il n'y aura pas aucun dommage, aucune perturbation pour la faune sauvage. Ceux qui savent ce que représente un chantier en haute montagne, les forêts découpées en tranches par les pistes de ski et la présence des skieurs (qui font de plus en plus souvent du hors-piste), les dameuses de pistes, peuvent bien imaginer que ce n'est pas vrai. Mais ce qui est particulièrement scandaleux est l'avis favorable donné par le Parc pour la création du lac artificiel de Montagnoli.



Un lac artificiel pour enneiger 70 km de pistes du ski industriel

Du coté de Madonna di Campiglio, pour battre la concurrence d'autres endroits, en particulier du Nord des Alpes et du sud Tyrol, on a pensé qu'à la suite de la réalisation de nouvelles pistes le moment était venu de faire un méga réservoir dans la localité de Montagnoli pour accumuler de l'eau à utiliser pour la production de neige artificielle. Les téléphériques et les télécabines ne sont absolument pas pour la "mobilité durable". Il n'y a que la Belle au bois dormant dans la forêt pour croire à une chose pareille, parce que même Blanche-Neige, conseillée par les nains qui s'y connaissent en montagne, ne tombe pas dans le panneau.

Il n'y a absolument rien de durable dans la réalisation de cet immense réservoir, dans la production de neige artificielle (en termes d'énergie), dans les conséquences de la neige artificielle sur les caractéristiques hydrologiques du terrain, et ainsi de suite. Mais, comme nous le savons bien, la "durabilité " n'est qu'une escroquerie qui permet aux puissants intérêts économiques de faire tout ce qu'ils veulent, avec l'avantage considérable de pouvoir mettre les bâtons dans les roues aux intérêts faibles qui eux n'ont ni la capacité ni les ressources pour profiter des combines dont les autres se servent, les forces qui se proposent d'exploiter et de dévaster les territoires sans scrupules. Si vous avez les moyens, vous pouvez démontrer qu'il n'y a aucun d'impact, et même qu'en premier cela permet d'améliorer l'environnement: les autoroutes, le TGV, les centrales nucléaires, les biomasses, les forages, les stockages de gaz, etc. C'est la magie moderne. Abracadabra. Quelque formule scientifique utilisée plus ou moins à propos. De grands copier-coller et des grands mots ronflants. Et la magie opère : la merde devient de l'or.

 

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La montagne utilisée sans scrupules

Le bassin artificiel aura une capacité de 204 000 m³ qui permettra d'enneiger artificiellement 70 km de pistes en quelques jours. La société des téléphériques de Madonna est très fière de cette réalisation et son site web met en évidence une galerie de photos convaincue que ses clients sont enthousiastes (allez voir avant qu'ils ne s'aperçoivent du boomerang des images de la dévastation exposées avec fierté).

Pour réaliser ce lac artificiel, on a fait un creusage cet été de 100 000 m³ (comme en témoigne la documentation photographique). Le Parc, contrairement à l'image écolo-débonnaire fabriquée pour la naïveté d'une opinion publique écologiste urbaine (et également approuvée par le monde écologiste qui proteste ensuite - ou fait semblant de protester - contre certains massacres), raisonne de la même manière que les autres organismes territoriaux, tous conditionnés par l'imbrication des intérêts formés par les entreprises de construction et les société de remontées mécaniques (et par la politique) .

La société Funivie Pinzolo au cours de discussions sur les nouvelles pistes a clairement exposé son opinion : " Le ski est le seul moyen d'assurer un revenu et de l'emploi dans le Val Rendena." Ils font semblant d'être sur une autre planète, où la pratique du ski (au prix élevé de la journée) n'est pas en chute libre.
On raconte aussi la même chose en Vénétie et Lombardie où, heureusement, l'argent public n'est pas aussi abondant que dans le Trentin de Maman Province et où les dévastations et gaspillages de deniers publics sont moindres. Les organismes publics, reliés par mille fils aux intérêts puissants, à travers leurs administrateurs, affirment la même chose mais de manière plus floue.
Le Président du Parc, pour justifier la dévastation à Montagnoli, a dit: "Le Parc doit être absolument attentif à ce que représente la conservation du territoire, mais il doit aussi être attentif aux intérêts économiques de la vallée. Il s'agit d'une intervention d'utilité publique partagée par la commune de Ragoli, la Communauté des Regole Spinale Manez, la Province, et tous les autres organismes concernés". Tous les compères sont d'accord et donc moi aussi, le Parc, je m'aligne. Une logique écologique et une éthique qui ne font pas un pli (bien sûr, de leur point de vue).

La décision du parc de donner son consentement à la dévastation a été annoncée le 30 novembre 2013 en ces termes :

"La délibération du conseil a décidé d'autoriser, pour la partie de l'œuvre se situant à l'intérieur du territoire du Parc Naturel Adamello Brenta, le projet de construction d'un réservoir à l'air libre pour le stockage d'eau destiné à l'enneigement programmé dans la localité de Montagnoli par dérogation au plan du Parc."

"Dérogation" est le petit mot magique. Au paysan qui demande une dérogation pour des interventions microscopiques on refuse tout net en citant les principes sacrés de la protection de l'environnement. Et on le torture en l'obligeant à apporter des kilos de documents signés par des professionnels. Mais si l'intervention est grosse, alors là il y a la dérogation. La décision a été adoptée par cinq voix favorables contre trois.

 


Une spirale perverse

La logique perverse des nouvelles installations, approuvées par le Parc, ne fera que conduire à de nouvelles demandes de développement et à la construction ou à la rénovation de nouveaux locaux, refuges, bars, toujours plus grands. Pendant qu'on exalte l'ours, qui ne doit pas être dérangé (voir les menaces et les insultes que reçoit ce pauvre cueilleur de champignons de Pinzolo) on encourage la fréquentation de la montagne même à haute altitude, même en hiver (quand les ours voudraient pouvoir... se reposer en paix). Est-ce qu'il existe une cohérence dans cette politique du Parc qui permet que l'ours chasse les bergers de la montagne mais qui y fait venir des discothèques ? A vous d'en juger.

Tant qu'il y aura la drogue de l'argent public facile de Maman Province, ce cycle pervers continuera. Et les manifestations d'une écologie qui est partenaire des institutions pour de trop nombreux projets et qui est devenue elle-même une institution, ne seront rien que des rituels.
Ce serait pourtant une belle chose que quelqu'un parmi tous ceux qui crient leur colère pour la mort de l'ourse Daniza arrive à comprendre quelque chose du contexte dans lequel s'est joué la farce tragique des ours trentinois et à diriger sa protestation d'une manière ciblée et consciente.


 

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Notes :

 * Val di Non : au sujet de l'utilisation record de pesticides dans ses vergers : informations ici provenant du journal "L'Adige"- Mai 2014

Pour éventuellement revoir dans quelles conditions Daniza a vécu ses débuts de prédation, revoir le film fait à partir des images tournées par le berger Lorenzo : "Compagnon Ours"...


 

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