Dans le Tyrol du Sud (Province de Bolzano), zone proche du Trentin des ours et du Val di Non avec sa pomme AOP Melinda, une initiative citoyenne mérite d'être soulignée : la Commune de Malles (Malles Venosta en it. ou Mals en all.), dans le haut Val Venosta, a choisi par un référendum citoyen (avec 75,68% de oui) de vivre dans un territoire sans pesticides. Un chemin qui n'a pas été sans embûches, il y a eu des oppositions et des pressions.

 

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"Mals " di StuartLaJoie  Con licenza CC BY-SA 3.0 tramite Wikimedia Commons.

 

Les origines remontent à 1989 quand le chercheur autrichien Manfred Hoffman, lors d'une Conférence à Trente sur le thème "Santé -Environnement- Agriculture" invitait les jeunes pionniers de l'agriculture bio à réagir face aux intérêts arrogants : " Ayez la force de ne pas croire à ceux qui veulent vous décourager car tôt ou tard votre chemin sera un passage obligé"....
L'économiste Othmar Selbert lui avait ensuite fait écho : "en zone alpine il y a la nécessité de passer d'une culture intensive à une culture extensive différenciée, en liant la politique des revenus non pas au marché, mais au rôle global de l'agriculture de montagne qui produit, conserve, transmet, récompensant ceux qui travaillent de manière écologique, taxant ceux qui travaillent intensivement, en suivant l'exemple du Danemark."

25 ans après ce congrès, la belle étape de Malles marque incontestablement un virage politique, que le Bauernbund, la puissante Coldiretti du Haut-Adige, devra prendre en compte.
Résultat salué en Autriche également, où Gerhard Mumelter, correspondant du quotidien Der Standard a écrit: «Beaucoup considèrent le référendum de Malles comme un tournant pour l'agriculture de l'arc alpin ».

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Laura Zanetti et Adriano Rizzoli, collaborateurs du site Ruralpini, sont allés interroger le Dr Johannes Fragner-Unterpertinger, pharmacien et porte-parole du Comité pour une Commune de Malles sans pesticides.

http://www.ruralpini.it/Interviste27.09.14-messaggio-di-speranza-dalla-val-Venosta.html

Celui-ci a commencé l'interview en disant : " Nous sommes restés à l'écart de tous les partis politiques, nous n'avons pas voulu nous faire instrumentaliser par qui que ce soit".

Le Dr Fragner leur explique que c'est une longue histoire de 10 ans. Dans le secteur, jusqu'en 2004, il n'y avait pratiquement aucune sorte de culture intensive, la vocation agricole était en premier l'élevage, et tout était biologique sans besoin de certification.

Avec le temps de nombreux petits hameaux qui s'étaient créés ont été acquis par de riches producteurs (colonisateurs) de pommes cultivées avec les moyens conventionnels, sans respecter les normes contre les dérives des pesticides qui sont particulièrement insidieuses sur ce territoire où une tramontane constante emporte les aérosols chimiques partout.

Le Dr Fragner confirme que les propriétaires de bétail ont été les premiers à se révolter contre ce changement économique :" ils ont été notre grande force car ils sont conscients que coloniser la montagne avec des pommes «chimiques» signifie pénaliser les prairies permanentes et donc l'ensemble du secteur de l'élevage. Une conscience qui est devenue une certitude avec l'arrivée des premiers résultats d'une analyse de foin (à leurs frais): les taux de certains pesticides comme le "Captan" s'élevaient à 0,4-0,6 mg/ kg de fourrage, alors qu'en agriculture biologique le maximum admis est de 0,01 mg/kg".

Le Dr Fragner salue l'excellent groupe de travail auquel il appartient : il est composé de paysans, médecins, ouvriers, artisans, jeunes, mères de famille inquiètes car leurs enfants sont exposés - par voie respiratoire ou transdermique - en jouant dans l'herbe à l'extérieur de l'école ou dans les parcs de jeux. Il signale aussi que lorsqu'un citoyen se rend, en cas de besoin, au Centre de Fertilisation de Brunico, il se voit refuser le programme de fertilisation, si ce n'est trois mois après la fin des traitements pesticides.

IL souligne qu'il s'agit bien des pesticides et non des produits phytopharmaceutiques tels que valériane, houblon, passiflore qui sont utilisés aussi en médecine humaine.

 

Malles



Comment se sont-ils organisés ?

Le groupe a travaillé dur depuis plus de quatre ans avec ténacité et désirant fortement ce à quoi il croit. Le 25 mars 2013, ils ont élu leur porte-parole, puis organisé 12 rencontres, principalement à la Maison de la Culture de Malles, mais aussi dans d'autres lieux ; par ex. en avril 2013 avec le Pr Hermann Kruse, célèbre toxicologue allemand.

Ensuite, en juillet 2013, ils ont officiellement signé leur "Manifeste pour la défense de la santé". Les signataires sont des médecins, des vétérinaires, des biologistes, des pédiatres, des pharmaciens et des dentistes du haut Val Venosta pour le droit à la santé, selon l'article 32 de la Constitution, et pour une utilisation correcte de la terre, de l'eau et de l'air.

L'introduction dit ceci : " Nous considérons la propriété des individus comme intangible et chacun, en respectant la loi, peut faire ce qu'il veut sur son terrain, mais précisément sur son terrain et non sur celui du voisin, et absolument pas sur le terrain d'une communauté entière. Le vieux principe juridique que la liberté de chacun trouve ses limites dans le droit de ses voisins doit être valable pour tout le monde… nous exprimons avec ce manifeste notre grande préoccupation pour notre santé et nous demandons aux Maires de différentes communes du haut Val Venosta et du Tyrol du Sud de promouvoir des pratiques agricoles alternatives jusqu'à l'interdiction de l'utilisation des pesticides en particulier dans les plaines de Malles."

 

Malles traitements


En mai 2009 Ulrich Veith est devenu Maire de Malles et sa candidature a été fortement soutenue par la population. Ulrich Veith a de suite oeuvré pour former un groupe de travail pour une refonte du Statut communal. Ensuite il fut créé un commission d'experts et de juristes afin de fournir le support pour les cas où un groupe veuille demander un «référendum populaire». Cette commission devait aussi se prononcer sur la légitimité de leur demande, c'est à dire aller vers un référendum pour s'exprimer contre l'utilisation de pesticides/herbicides.

Le 26 août 2013, la Commune de Malles a pu officiellement commencer à recueillir les signatures qui permettraient par la suite d'autoriser le référendum populaire.
Pour la Commune de Malles, il fallait trouver environ 300 signatures en trois mois. Au bout d'un mois, plus de 500 signatures avaient déjà été recueillies, à la fin il y en avait plus de 800. Avec les signatures nécessaires récoltées le Maire de Malles a pu lancer ce référendum populaire.

Le Dr Fragner parle d'une guerre d'usure venant de l'autre front  qui a démaré à la même période, sans les faire reculer pour autant : il y a eu des agressions verbales, des dégâts dans les jardins et même sur des tombes familiales, et des diffamations. Tous ces faits ont été signalé aux carabinieri qui ont assuré une protection avec des patrouilles nocturnes.
Par ailleurs, un groupe d'avocats a été chargé, en vain, de contester la légitimité de cette consultation populaire.

Durant tout ce parcours, malgré le coté très dur, le groupe de travail a bénéficié de beaucoup d'aide et de solidarité des citoyens et des autres associations. En février 2014, une soirée a été organisée avec le Dr. Helmuth Burtscher, toxicologue de Vienne, et le Maire de Malosco, Adriano Marini. En cette occasion il y avait aussi parmi les intervenants des représentants du Comité pour la Santé du Val di Non qui se battent depuis des années pour la même cause. Leur témoignage a été important.

Le premier soutien - comme il a déjà été dit - a été d'abord celui des paysans autochtones, mais il y a eu aussi celui de l'Eglise, par exemple l'Abbaye de Monte Maria qui a courageusement affiché le slogan sur la clôture de ses champs, et Hollawint, une association formée par un groupe de femmes avec des enfants, qui ont distribué le Manifeste et le matériel informatif dans tous les hameaux de Malles.

Le message choisi était positif et simple : VOTER OUI AU REFERENDUM : Oui à l'élevage, Oui à l'agriculture, Oui à l'horticulture, Oui aux petits fruits, Oui à la fruiticulture, MAIS sans l'utilisation de pesticides et d'herbicides de la chimie de synthèse très toxiques, dangereux pour la santé et pour l'environnement.

La population a voté pendant deux semaines : du 22 août au 5 septembre, 24 heures sur 24, grâce à un dispositif spécial créé pour la circonstance et installé devant la Mairie. On pouvait aussi voter par voie postale.

Cette victoire est une leçon de civisme : 75,68 % ont dit OUI (et 69 % de la population a voté). Tout ceci contre une guerre basse et honteuse menée par la Coldiretti, des conseillers provinciaux du Val Venosta et un bon nombre de gens plus ou plus ou moins puissants et influents.

A présent, l'étape suivante est, à la prochaine réunion du Conseil à la fin du mois, l'obligation d'insérer ce résultat dans le Statut Communal. L'ensemble sera effectué dans le cadre de lois en vigueur et des normes nationales et européennes.

Mais avec certains jugements, comme par ex. celui en faveur de la Commune de Malosco (qui a déjà réussi à interdire les pesticides toxiques), avec certaines expériences comme celle de la Commune de Vallarsa et autres, le souhait est de réussir, dans les prochaines années, à parvenir non seulement à une commune de Malles libre de pesticides, mais aussi à donner des impulsions fondamentales pour l'économie de Malles et de l'ensemble du haut Val Venosta.

Le Dr Fragner termine en disant que le chemin sera difficile et très ardu, parce que la Coldiretti ainsi qu'une grande partie des politiques habituels n'acceptent pas ce résultat, même s'il est hautement démocratique. Ils leur font déjà la guerre et il craint pour la suite les méandres des tribunaux.

A ce propos, Georg Mair, rédacteur de l'hebdomadaire du Tyrol du Sud « ff », a écrit en rapport à ces attaques continuelles : « Le peuple mérite plus de respect ».

 

Note : La Coldiretti fait partie du Copa-Cogeca


Source :http://www.ruralpini.it/Interviste27.09.14-messaggio-di-speranza-dalla-val-Venosta.html

http://www.ruralpini.it/infobrevi_ultimo_mese.htm#Mela


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