L'excellente revue Quale formaggio (Quel fromage) publie dans sa rubrique "Resistenza Casearia" (Résistance fromagère) les questions posées par un berger au Gouverneur de la Région Abruzzes au sujet du tourisme local. Traduction :

Le tourisme dans les Abruzzes ? : « avec les bergers », propos de Nunzio Marcelli

« Cinq brebis par touriste, ça peut suffire ? ».

C'est ce que demande Nunzio Marcelli, Président de l'association Arpo (Association Régionale de Producteurs Ovicaprins) en réponse aux récentes déclarations de Luciano D'Alfonso, numéro un du Conseil Régional des Abruzzes. Lequel, au début de la semaine dernière, a parlé des Abruzzes « non compétitives en matière de tourisme, qui doivent encore se montrer intéressantes », à cause des erreurs de gestion précédentes. Jusqu'ici le discours pourrait encore tenir, et il est clair qu'il provient de la chaire de celui qui a été élu le 20 mai dernier, mais si c'est le cas, l'avenir proche est préoccupant, vu que pour D'Alfonso dans le passé « on n'a pas voulu investir dans nos attractivités ».

Pourtant les attractivités sont là, et comment, Nunzio Marcelli le sait bien, lui qui voit depuis des années arriver des dizaines de touristes simplement attirés par ses brebis, par le pastoralisme, par la transhumance qui se pratique toujours. Malheureusement, il n'y a aucune infrastructure, et tout ce qui ce fait dans ce domaine est dû à la bonne volonté, au temps, aux ressources mises en œuvre par les bergers, leur familles et leurs collaborateurs.

Touché par les affirmations de D'Alfonso, Marcelli n'a pu s'abstenir de donner son avis, parlant de son expérience d'entrepreneur et du succès de ses initiatives, les décrivant ainsi : « le troupeau en transhumance : 200 brebis, et 40 touristes du monde entier pour les accompagner. Ce n'est pas une faible compétitivité : ici, pour cinq brebis, il arrive un touriste, et, imitant la célèbre chanson de Battisti, nous demandons : cinq brebis par touriste, ça peut suffire ? ».

Face à l'énième gestion politique montrant qu'elle ne sait pas de quoi elle parle, Marcelli est comme un fleuve en crue : « Vous souvenez-vous de l'époque où la RAI diffusait à la télé l'émission 'L'intervallo' avec des images de différentes régions ? Et bien, pour représenter les Abruzzes, on avait choisi un troupeau de brebis, icône du pastoralisme. Et quelle fut la réaction des politiques ? Faire retirer ces images sous prétexte que cela dégradait l'image de notre Région ! ».

Alors qu'au contraire, chose évidente depuis des années, des touristes arrivent du monde entier dans les Abruzzes justement pour elles, les brebis. Pour les suivre, pour connaître les pratiques ancestrales de la transhumance, la traite à la main à l'aube, manger des fromages faits de ses propres mains. Des traditions ancestrales qui attirent des gens du monde entier.
« Un autre groupe de 200 brebis part demain, pour descendre du Haut Sangro jusqu'à la Vallée du Sagittaire : ce n'est rien en comparaison de ce qu'il y avait dans les Abruzzes jusqu'à il y cinquante ans, quand les brebis ont été littéralement "effacées" par la télé ».

Pour quelques centaines de brebis, des étrangers et des italiens arrivent en groupes à Anversa degli Abruzzi : pour suivre le troupeau, marcher avec lui dans les zones non contaminées de notre Région, et Marcelli souligne « que justement le pastoralisme a su conserver intactes pendant des millénaires, avec leur charme et leur biodiversité ».

Et le berger des Abruzzes poursuit : « Si comme le dit D'Alfonso l'image et l'offre touristique des Abruzzes ne sont pas brillantes, arrêtons de regarder ce qu'ont fait les autres : les potentialités des Abruzzes se trouvent au sein même de son histoire et de ses traditions. Pour lesquelles jusqu'à présent on n'a jamais voulu investir. Arrêtons de miser toujours sur les mêmes choses, sur des formes de tourisme déjà décotées, sur des secteurs qui ont bénéficié d'énormes investissements, et qui sont en faillite aujourd'hui ».

Il y a un monde rural qui produit à bas coût, qui a prouvé qu'il est anticyclique, qui sait offrir aux touristes l'accueil et l'expérience recherchés par une grande partie du marché touristique au niveau international.
En somme, les brebis mettent le paquet: mais il manque les services, les investissements, le choix de ceux qui gèrent les investissements dans ce secteur. Par exemple, en relançant le réseau des drailles, une route touristique verte, avec ses monuments et points d’arrêt, les potentialités touristiques et oeno-gastronomiques qui sont liées.

« Il y a seulement 50 ans, il y avait des millions de brebis sur ces pâturages et sur nos drailles. Si nous arrivons à faire venir un touriste par tranche de cinq brebis, nous n'avons aucun rival en matière de compétitivité. Qu'attendons-nous ? », demande Marcelli au Gouverneur D'Alfonso. Qui sait s'il trouvera des arguments pour lui répondre.

 

transhumance

Abruzzes : Touristes accompagnant la transhumance. Photo Arpo

 

> A voir : Le site de la famille Marcelli (en anglais) : Marcelli Formaggi


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