Le naturaliste Franco Zunino, en total désacord avec le "pape" Luigi Boitani au sujet du loup, considère que Boitani a "lâché " une vérité qui dérange lors d'un interview pour gaianews.it :

sous le lien, une traduction d'un article de Franco Zunino (site "Wildernss.it") intitulé : Merci Pr Boitani !

 

Wilderness Italia

13/05/2015 SEMPRE PIU' GRANDE L'AREA WILDERNESS DEI MONTI ERNICI

http://www.wilderness.it

 « Remettre en question les règles est la règle de la science. C’est sa force, autrement nous serions encore à l’âge de pierre ». Umberto Veronesi

 Il aura fallu du temps mais peu à peu la vérité fait son chemin : Je parle du loup en Italie. La vérité, même si c’est uniquement entre les lignes et peut-être même aussi inconsciemment, a été formulée par le plus grand expert italien, le Pr Boitani de l’université « La Sapienza »  de Rome,  dans un interview du 13 janvier dernier pour le site Gaianews.it.  Pas toute la vérité, mais déjà quelque chose.

Voici ce qu’a dit Boitani… ou fait comprendre.

Question: combien de loups y a t il en Italie ?

Synthèse de la réponse : nous ne le savons pas. Il n’y a que des estimations locales.

Mais comment, cela fait plus de quarante ans qu’on étudie les loups, les compte, les recense avec toutes les méthodes possibles (analyses de signalements directs et indirects, wolfhowling, ADN), en dépensant certainement des millions d’euros de fonds européens et pas seulement, et maintenant on vient nous dire qu’on ne sait pas ?

Et alors, qu’en est-il des chiffres annuels annoncés chaque années comme étant « officiels » par le WWF (et adoptés aussi par certaines autorités) affichés dans tous les journaux, publications et sites Internet ? Ces chiffres, qu’étaient-ils ? que sont-ils ? un bobard ? Des nombres lancés au hasard ? Des estimations sans aucun compte-rendu scientifique ?

Concrétement, quasi cinquante années d’enquêtes pour conclure qu’on ne sait pas combien il y a de loups en Italie!

OK, nous penons acte. Boitani soutient qu’il ne sait pas combien il y a de loups en Italie. Eh bien moi je dis que lorsqu’on ne sait pas  combien il y a d’animaux sur un territoire, une région ou un pays, alors on estime au moins si ceux-ci sont peu ou trop, et on le fait à travers le constat des dommages qu’ils créent; et si il y a trop de dommages de loups  (on parle de millions d’euros chaque année) cela signifie qu’il sont certainement trop nombreux.

C’est aussi de la science, la même qui m’a apprise à me servir -pour les cerfs et les chevreuils- d’éminents professeurs de l’Université de Monaco de Bavière. La logique  me fait dire que si cette règle est valable pour les cervidés, elle doit forcément l’être aussi pour les loups.

En 2010 j’ai tenté une estimation à partir des données dites « sûres et officielles » (nombre de la population de départ, en 1970 ; natalité connue; mortalité présumée). Prenant comme valables ces données officielles – en réalité à la baisse par défaut – et faisant moi aussi tous les calculs à la baisse (ce qui devrait rendre l’estimation encore plus crédible), j’ai obtenu un résultat de 4.500 loups. Personne ne l’a jamais formellement contesté ;  il était basé sur un calcul  bien précis, un calcul qui, s’il avait été fait par d’autres, aurait été et serait encore défini comme « scientifique » (ou bien est-ce que seuls les calculs faits par ceux qui bénéficient de gros salaires dans les universités sont de la science ? Ceux qui ne remettent jamais rien en question ? Les mêmes qui distribuent les cartes ?)

 

Question : la population du loup augmente- t-elle (“expansion”)?

Réponse : non, elle n’est pas en croissance (“expansion”) dans les  Apennins, mais elle l’est dans les Alpes.

Mais Boitani doit nous expliquer ça ! Si le loup des  Alpes provient des Apennins, ce qui est l’effet de son expansion comme lui-même et tous les autres l’affirment depuis des années, et si la liaison  Apennins-Alpes est désormais considérée comme avérée, comment peut-on expliquer aujourd’hui cette cessation d'expansion illogique ?

Autocastration des loups des Apennins ? Baisse de désir ? Donc différente prolificité au sein des deux populations ? “Mur de Berlin” en Ligurie ? Mais surtout, pourquoi Boitani les considère-t-il comme deux populations ?

Alors ce que je soutiens depuis des années est peut-être vrai, c'est-à-dire que les loups des Alpes ne sont pas venus des Apennins et que les deux populations existent et on été géographiquement séparées depuis presque  une vingtaine d’années (preuve en est le « vide » de l’ensemble de la Province de Savone et d’une grande partie de celle de Gênes et d’Imperia dans les soi-disant années du « retour naturel »). Et ce qui se raconte sur l’aspect phénotypique différent et les différents comportements  face à l’homme ; toutes ces choses que personne ne s’est jamais donné la peine d'étudier malgré qu'elles soient connues : alors que depuis des années beaucoup gaspillent leur temps dans des recherches de biologie devenues inutiles.

Craint-on une vérité qui risque de devenir dérangeante ?  On pense à la tête que ferait tous ces chercheurs et ceux qui les soutiennent le jour où l’on découvrirait, que cela serait enfin démontré de manière incontestable, que les loups des Alpes n’ont jamais été d’origine italienne !

Entre temps ici dans le Val Bormida les loups sont désormais présents partout, et avec des signalement toujours plus fréquents près de Cuneo et de la France (avant-hier prédation de sangliers, ici, très proche de là où j’écris) et sporadiques vers Gênes (signe d'un déplacement de l'ouest vers l'est). Des loups beaucoup plus grands que ceux des Apennins, craignant beaucoup moins l’homme (désormais, il ne se passe pas une journée sans que quelqu’un ne fasse un signalement, confirmant toujours un comportement sans aucune peur de l’homme ; chose qui d’ordinaire n’arrive pas ou arrive rarement avec le loup des Apennins). Des caractères qui justement font penser à une population différente.

Aujourd’hui Boitani nous le confirme : même la croissance numérique (“expansion”) est différente. Mais alors, nous sommes peut-être  face à une sous-espèce ou à un phénotype différent ! Ou non ?

Parce que si tel est le cas quelqu’un (peut-être le même Boitani) devra nous expliquer comment diable le loup aurait-il arrêter de croître dans les Apennins (parce que toute expansion animale, quand elle n’est pas sporadique – on le voit avec l’Ours marsicain – est toujours la conséquence d’une croissance numérique) alors que dans les Alpes il continue à le faire.

Est-ce uniquement à cause d’une moindre disponibilité de territoire à occuper ? Peut-être que les loups en l’absence de territoire où s’étendre arrêtent de…baiser ?  Mais alors pourquoi cela n’arrive-t-il pas dans les enclos où l’espace à leur disposition est notoirement réduit ? Et ensuite, comment se fait-il que le loup soit en expansion – par croissance numérique – dans tous les pays où il vit ( et quelle croissance !) et pas dans les Apennins ?

Nous sommes face à une schizophrénie scientifique !

Pauvre opinion publique, obligée de subir une information partisane qui ensuite se heurte à  la réalité des faits ! Et pauvres éleveurs, obligés eux de payer le droit à l’existence d’un bien commun, parce qu’il n’y a pas beaucoup d’argent pour les dommages, mais par contre il n’en manque pas pour les recherches. Comme si les loups vivaient de recherches et non de brebis et de veaux, et de plus en plus, aussi de chiens.

Et, au sujet des chiens, Boitani toujours nous parle du problème des hybrides ; ceux qui selon lui proviendraient d’accouplements avec des loups –  dommage parce que bien qu’en Italie malheureusement on abandonne beaucoup de chiens, il est rare d’entendre parler de chiens-loups abandonnés. Et alors d’où sortent ces hybrides ? S’agit-il des fameux loups des Alpes ? Et pourquoi donc les « experts »  de l’ADN  nous disent savoir les distinguer alors qu’ensuite ils ne sont pas capables de distinguer le loup des Apennins de celui de l’Europe centrale et/ou de l’Est? Certes, certains s’en sortent en affirmant qu’il n’y aucune différence (sauf qu’ils sont démentis par d’autres qui soutiennent une différente spécificité du loup des Apennins ainsi que l’importance de la préserver ; et sur ce point nous sommes nous aussi d’accord !).

Et pourtant tout ceci en Italie est de la « science » ; et attention à ne pas remettre en question ce que les autres affirment avoir démontré !

 

 


NOTE  : Pour connaitre la méthode utilisée par Franco Zunino pour son estimation du nombre de loups en Italie : cliquer sur le lien

Exemples d'autres contradictions de Boitani dans cet article de Ruralpini; relevées également par Dino Mazzini, ex éleveur (bio) de brebis en Emilie-Romagne

 


 Traduction d'un commentaire d'un lecteur sous l'article de Frano Zunino , également publié dans "Il cacciatore" :

" Je partage pleinement votre opinion, en particuliers le passage qui fait référence aux financements, qu’ils soient européens ou non. En effet, malgré les déclarations de notre Premier Ministre Renzi, on continue d’augmenter cette « pluie » de financements, sans en vérifier les résultats subjectifs. On continue à financer les « amis des amis », au-delà des résultats scientifiques obtenus qui du point de vue naturalistique ne disent presque jamais la vérité. Votre article en est un exemple évident. En attendant, les pauvres éleveurs en payent les tristes conséquences en termes de sacrifices, et économiques. Il serait temps qu’on paye en premier avec ces financements les dégâts des loups, une fois vérifiés bien sur, et ensuite donner le reste à qui de droit."