(23.06.15)  Marco Zadra attaqué par un ours à quelques km de Trente le 29 mai dernier parle ... et nous rapportons intégralement les déclarations qu’il a faites à Laura Zanetti

" ... j’avais peur qu’il me prenne de dos, et me le taille en deux"

  Traduction de l'article paru sur Ruralpini; Site dont Laura Zanetti est collaboratrice (Voir les photos en lien ci-dessous)

 

Intervista a Marco Zadra

(23.06.15) Parla Marco Zadra aggredito da un orso a pochi km da Trento il 29 maggio scorso ... e noi riportiamo integralmente le sue dichiarazioni rese a Laura Zanetti Intervista di Laura Zanetti a Marco Zadra aggredito dall'orso in Val Manara, in comune di Zambana il 29 maggio 2015.

http://www.ruralpini.it

 

Interview de Marco Zadra par Laura Zanetti, homme attaqué par un ours dans le Val Manara, sur la commune de Zambana le 29 mai 2015.  Propos recueillis à Lavis le 19 juin

Zambana est une petite commune de 1700 habitants sur le bord droit de la vallée de l'Adige située immédiatement au Nord de Trente. L'agression a eu lieu à seulement 700 m à vol d’oiseau du vieux  Zambana où Zadra avait laissé sa voiture pour aller marcher au terme d’une journée de travail. Ce qui, selon la Province est désormais  "imprudent", admettant ainsi implicitement que Life Ursus a produit une limitation de la liberté de la population décidée par une poignée « d’experts » internationaux auto-référenciels. Vivons-nous dans une démocratie ou plutôt dans une post-démocratie où des groupes de pouvoir et de scientifiques commandent en faisant preuve, au-delà de leur domaine spécialisé restreint, d'une ignorance abyssale (mais prétendent décider à la place des communautés) ? 

 

LZ: Monsieur Zadra, vous êtes la première personne cette année à subir l’agression d’un ours faisant partie de ceux toujours plus nombreux présents sur le territoire du Trentin, après le lancement du projet Life Ursus. Pouvez-vous nous raconter en détail ce qui s’est passé le soir du 29 mai dernier ?

 MZ: je suis quelqu’un de sportif, je vais souvent courir dans les bois autour de Trente après mon travail. C’était la première fois cette année que j’allais à val Manara, au dessus de Zambana. Je suis parti en voiture aux alentours de 19h30, j’ai laissé l’utilitaire à Zambana Vecchia et j’ai commencé à marcher sur un sentier plutôt abrupte. En redescendant au dessus du Cason, une structure utilisée à des fins récréatives à un km seulement des habitation et à 500 m d’altitude, je l’ai trouvé face à moi. Il était environ 20h 15: je descendais en courant, lui il était en train de sauter en haletant. Nous nous sommes retrouvés face à face en un instant. La première réaction a été la stupeur, puis en rationalisant j’ai réussi  de venir froid comme un glaçon. C’était une impasse. L’ours était plutôt agité, mais ne s’est pas enfui ; moi j’ai commencé à reculer tout doucement, tandis que l’animal, prenant courage, est parti à la charge. Imaginez qu’il a une tête grande comme une télé et deux pattes énormes. J’ai commencé à courir, en glissant sur les graviers, avec lui aux trousses. A ce moment-là  je me voyais mort, pris aux jugulaires et dévoré.

Malgré la peur dont je me souviens comme d’un sentiment très lucide, je me suis relevé et je me suis tourné vers l’ours qui était à coté de moi : j’ai cherché à lui fait peur en hurlant, en me protégeant le visage avec les bras. A ce stade, après avoir reçu un coup de patte sur l’avant bras droit, je me suis littéralement jeté dans le fossé la tête la première, ce qui m’a fait une semi luxation de l’épaule gauche, des hématomes et des écorchures un peu partout. Je crois que j’ai pu me sauver parce que j’ai toujours eu l’habitude de m’amuser à parcourir les zones graveleuses en sautant. Mais l’ours m’a suivi pendant deux cent mètres en grognant et haletant au dessus du fossé. Je sentais même son souffle dans le cou. Pour ralentir la descente je me suis accroché à tout ce que je pouvais, exactement comme Tarzan. La terreur n’était pas finie, j’avais peur qu’il me prenne par le dos et me le taille en deux. J’ai atterri à la limite d’un ravin. J’ai ensuite hurlé à l’ours tout ma colère d’être poursuivi….et j’ai pensé: "ma fille ne peut pas perdre son père d’une façon aussi absurde, non, non”. 

L’ours m‘a observé comme si j’étais fou puis  il a dévié mais en continuant à ne pas me perdre de vue. Je me suis quand même jeté dans le ravin au risque de mourir. Là aussi je me suis fait mal. Le sang coulait de ma blessure. J’ai traversé le petit torrent dans ce ravin moussu et friable, mettant une vallée entre l’ours et moi, en me dirigeant du coté de Zambana Vecchia.  J’avais les poumons dans la gorge et des litres d’adrénaline. Je suis arrivé au dessus de l ’église de Zambana Vecchia en ayant toujours peur de le rencontrer. J’ai pris deux pierres pour parcourir le dernier morceau de forêt avec ce qui me restait d’énergie. Je suis arrivé sur le pré de l’église, et là j’ai réalisé que je pouvais me considérer sauvé et surtout miraculé. 

LZ: Vous avez été soigné au Poste de secours de l’hôpital civil de Trente, d’après ce que vous savez, avez-vous reçu un vaccin contre le tétanos ?

MZ : oui, cela a été fait et ma blessure a été suturée par cinq points à l’intérieur et huit petites agrafes métalliques à l’extérieur. Dans les jours qui ont suivi j’ai dû retourner au poste de secours parce que la blessure s’était infectée et suppurait. Elle a été ouverte et drainée, avec une douleur que je ne vous dit pas, et une prescription d’antibiotiques pour la suite. 

LZ: les journaux parlent d’une visite de l’assesseur à l’Agriculture les jours suivants l’agression:

MZ: oui, l’assesseur Dalla Piccola est venu chez moi avec Antolini et Groff. Il semblait vraiment perturbé, gêné, presque accablé, se cachant le visage dans les mains en écoutant mon récit, à dix heures ou à peine plus de l’attaque. J’ai demandé l’anonymat autant que possible pour ne pas subir les attaques médiatiques inévitables et schizophréniques, me rappelant du cas Maturi (après s’être battu  au corps à corps avec un ours, il a dû se défendre d’accusations infamantes, une histoire de fou). L' assesseur nous a même félicité, moi et ma famille, pour la courtoisie et la disponibilité à nous confronter sereinement, “pas comme dans l’autre cas, où  il était déjà près pour une conférence de presse avec la Ligue du Nord  deux heures après ”.

Je devrais aller revoir la chronologie des faits, mais je doute fort que Maturi, deux heures après l’agression, ait pu avoir en tête d’influencer les rapport électoraux ! Sûrement qu’après avoir remercié tout le monde d’être encore vivant, il a ressenti une grande colère d’avoir failli perdre la vie par la faute d’un projet totalement absurde et anachronique, éloigné de toute logique digne de ce nom, imposé par je ne sais qui  et avalisé par je ne sais qui d’autre !! Et il avait fait confiance à ceux qui se servent de l’émotion des gens comme d’un cheval de bataille. La chose qui est à la fois triste et banale, est que tout, y compris la question de l’ours, de la sécurité des personne et de la liberté des gens, semble se réduire à une question purement politique.

L'assesseur Dallapiccola montre les panneaux avec les gentils petits ours et les règles de comportement en cas de rencontre dont ils savent bien qu’elles ne sont valables qu’en cas de « fausses attaques ». Tout cela pour ne pas admettre d’avoir menti pendant des années sur la vraie dangerosité des ours et pour ne pas porter atteinte au tourisme et pour ne pas attiser de nouveau le ressentiment des habitants du Trentin contre Life Ursus, mais en exposant les randonneurs à plus de risques que si l’on reconnaissait franchement le danger et qu’on adoptait des mesures plus efficaces (comme pouvoir se servir d'aérosols anti-ours au piment)

LZ: la province a fait un communiqué de presse qui a déchaîné des agressions verbales médiatiques contre vous:

MZ: moi j’avais simplement demandé l’anonymat et effectivement dans le communiqué de la province mon nom n’apparaît pas. En ce qui concerne mon identité je ne peux pas vous dire qui l’a donnée à la presse. Que ce soit clair, ce n’est pas que je craigne l’imbécillité des gens et leurs commentaires, mais je m’attendais, dans un moment aussi dramatique pour moi et pour ma famille, à un peu de vie privée tellement réclamée et jamais respectée dans ce pays. Je pense qu’il y a même eu quelques menaces de mort sur le net, en plus des insultes pour mes parents. Oui, c’est à cause de ce communiqué  de presse de la province (nr. 1290 del 30/05) ne disant pas la vérité, plein d’omissions, d’allusions voilées et d’imprécisions volontaires, que s’est déchaînée cette habituelle agressivité médiatique. Et là il faudrait un traité d’anthroposociologie pour comprendre ces phénomènes d’agression de la part des réseaux sociaux sur une proie choisie d’avance. Et si quelqu’un pouvait m’expliquer comment il est possible que cela se fasse impunément, je lui en serais reconnaissant.

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Note : cet épisode a valu à Mr Zadra, comme à Mr Maturi l'été dernier, des propos très violents, et des réactions de déni. L'enpa (Association de potection des animaux) s'exprime ainsi au sujet de cette attaque. (rapporté par "la Voce del Trentino"):

"Il n’y a aucun élément parmi les déclarations données par l’homme lui-même, seul et unique témoin des faits, étant donné que plantigrade en question, en admettant qu’il ait jamais été sur place, n’est pas en mesure de répondre aux accusations".


 

 A la suite le témoignage de la seconde victime de l'ours du Trentin en l'esapce de quelques jours, il se nomme Wladimir Molinari (Traduction, lien ci-dessous) 

 

Azzannato dall'orso "Mi voleva sbranare"

di Ubaldo Cordellini "Mi voleva ammazzare. Mi sono detto: adesso sono morto e non è giusto. Non è giusto morire così. Mi ricorderò sempre quegli occhi neri cattivi e quella bocca spalancata". La voce di Wladimir Molinari è poco più che un soffio, pacata e flebile come quella di una persona che è stata operata fino alle quattro di mattina dopo un attacco prolungato dell'orso.

http://www.atsenzagp.org

Saisi par les crocs de l’ours « Il voulait me dévorer »

Trento, 13.06.2015 – Le récit de Wladimir Molinari survivant à l’attaque près de Cadine « C’est un miracle que je sois encore en vie. Il m’a arraché la chair en me mordant »

de Ubaldo Cordellini

« Il voulait me tuer. Je me suis dit : maintenant tu es mort et ce n’est pas juste. Ce n’est pas juste de finir ainsi. Je me souviendrai toujours de ces yeux noirs et de cette bouche grande ouverte». La voix de Wladimir Molinari est à peine plus qu’un souffle, calme et faible comme celle d’une personne qui a été opérée jusqu’à quatre heures du matin après une attaque prolongée de l’ours. En ce moment il est dans le service de chirurgie cardiovasculaire de l’hôpital Santa Chiara et dit encore: « Je suis un miraculé. Je l’ai vu quand qu’il m’arrachait la chair avec les dents. Il ne voulait pas me faire peur, il voulait me tuer ».

 

Wladimir comment ça s’est-il passé ?

Je faisais ma petite course habituelle avec mon chien attaché à la taille avec la laisse. Tout à coup j’ai entendu un bruit d’herbes piétinées et le chien s’est énervé. Alors je me suis retourné et je l’ai vu. J’ai vu l’ours qui courrait, il était à moins de 10 mètres de moi.

Et qu’as-tu fait ?

J’ai suivi exactement les conseils qui sont donnés : je me suis arrêté et, en regardant toujours dans sa direction, j’ai commencé à agiter les mains et à hurler. Mais il est venu de suite sur moi, il a chargé à toute vitesse et il m’a pris. Quand il était à trois mètres de moi, je me suis retourné et j’ai voulu m’enfuir, mais il s’est levé sur ses deux pattes postérieures, il m’a sauté dessus et il m’a mordu une première fois. Il m’a déchiré partout, il me manque même un morceau de chair.

A-t-il attaqué ton chien ou toi-même ?

Le chien, il ne l’a même pas regardé. Il m’a attaqué moi, directement. Il m’a mordu de suite plusieurs fois. Alors j’ai continué à me défendre avec des coups de pieds et de poings. Il m’a pris la tête. Il était sur le point de me mordre le visage. J’ai vu sa bouche grande ouverte à un centimètre. Alors je l’ai attrapé par les oreilles et je l’ai tiré en arrière d’une certaine façon, mais il était très fort. Dix fois plus fort que moi et je ne suis pas petit. Et puis je me suis jeté dans le bois et il m’a suivi au milieu de la végétation. Entre temps il m’a arraché un morceau de chair.

En te mordant ou avec les pattes ?

En me mordant au bras et à l’abdomen, les coups de pattes sont peu de choses. J’ai réussi à détacher le chien. Il a de suite attaquer l’ours pour me défendre, mais l’ours lui a foncé dessus en un instant. Ensuite je n’ai plus vu le chien, par chance il s’est enfui et maintenant il va bien. Ensuite l’ours est revenu sur moi et a recommencé à me mordre jusqu’à ce que j’arrive à prendre un bâton et je ne sais pas comment il s’est déplacé d’une dizaine de mètres et il m’a fixé. Alors je me suis mis à hurler et à donner des coups de bâton sur le sol et il est revenu. Je ne savais plus quoi faire, je n’avais pas de téléphone. J’ai pris le sentier et je me suis dit : il m’attend pour me finir. J’ai pris une pierre dans la main et j’ai commencé à marcher. Trois cent mètres plus loin j’ai rencontré un cycliste qui m’a dit : reste là, je vais appeler des secours. Je lui ai dit, non, ne le fais pas, s’il te plait, j’ai peur. Et nous sommes arrivés à faire trois kilomètres pour revenir où était ma voiture. Là il y avait Tullio, un paysan qui m’a fait m’allonger sur une table et j’ai senti une douleur horrible, j’ai commencé à crier. Il me manquait un morceau de chair et puis les doigts ouverts comme des bananes, arrachés quand je cherchais à lui maintenir la bouche ouverte pour qu’il ne me morde pas le visage.

A ton avis, voulait-il défendre des petits ou t’effrayer?

Il voulait me tuer. Il n’y avait pas de petits. Il ne s’en prenait même pas à mon chien. Il voulait me tuer. Il avait fait dix attaques et continuait. J’ai vraiment vu la mort en face. J’ai senti les dents qui m’arrachait la chair et il secouait la tête. Comme dans les films. Je me suis dit : tu fais un cauchemar. J’ai eu de la chance. Je me souviendrai toujours de ces yeux noirs, méchants qui me fixaient et il continuait à me mordre. Un cauchemar.

Selon toi, que doit-on faire maintenant avec cet ours ?

J’ai toujours soutenu l’ours et Life Ursus, mais maintenant j’ai peur.  Cet ours, il faut au minimum le capturer, il est trop dangereux.