Nouveau Plan de conservation et de gestion du loup en Italie, (ébauche - version du 19 octobre 2015) de l'Union Zoologique Italienne pour le Ministère de l’Environnement, de la Protection du Territoire et de la Mer et dont les auteurs sont Luigi Boitani et Valeria Salvatori.

Telechargeable ici (pdf version "compressée", qualité des tableaux diminuée)

 

Le plan précédent (Plan d’action national pour la conservation du loup) datant de 2002 pour une durée de 5 ans, arrivé à échéance en 2007 donc, n’a pas été suivi puisqu’on peut lire page 16 :  «  L'application du plan par les organismes en charge de la gestion et de la conservation de l’espèce (Régions et Parcs Nationaux) a été insuffisante, manquant de coordination à différents niveaux. Les fonds spécifiques pour développer les actions incluses dans le plan n’ont pas été attribués, bien que ces actions étaient inscrites par ordre de priorité. Le plan, très peu partagé avec les administrations en charge de son application et avec les différents groupes d’intérêts concernés, a été substantiellement ignoré dans son application intégrée et coordonnée. »

Le nouveau plan de 2015 propose donc un ensemble d’actions et souhaite « resserrer les boulons » dans beaucoup de domaines : citons l’élevage bien sûr, une surveillance et/ou restriction du pâturage en semi-liberté en particuliers dans les alpages, plus de protection pour les troupeaux, de meilleures indemnisations pour les éleveurs et plus homogènes sur l'ensemble du territoire, plus de surveillance et répression de la solution à l’italienne pour limiter les loups (braconnage) ; une « éradication » des hybrides, une surveillance renforcée des élevages de chiens-loups (Tchèques, Sarloos, américains) et suggestion de les interdire comme animaux de compagnie, une surveillance de la reproduction des loups dans les centres où ils sont en captivité ; la chasse - autre source de conflit majeur- , la limiter aux abords des zones protégées, notamment les battues au sanglier ; une surveillance des producteurs de truffes même (? museler leur chiens ?)  ; et de l’éducation, combattre les « légendes » racontant encore que le loup a été réintroduit (en Italie aussi) ; une meilleure coordination entre les Pays pour la gestion du loup des Alpes car c’est à l’Italie que revient le devoir de favoriser son expansion dans les Alpes, etc, etc.


Une nouveauté réside dans le fait que maintenant on considère que les populations lupines des Alpes et des Apennins sont deux populations distinctes, à gérer séparément. La frontière entre les deux existe, c’est le Col de Cadibona,

On lit page 7 : «  Alors que la population apenninique se trouve entièrement sur le territoire italien, la population alpine se trouve en continuité démographique, génétique et écologique avec les loups présents dans les Alpes françaises et suisses. A des fins de gestion, cette population devrait être considérée dans sa totalité et donc à l’échelle transfrontalière partagée entre l’Italie, la France, la Suisse, l’Autriche et la Slovénie.Toutefois, en raison de l’absence d’un Plan de gestion commun et partagé entre ces Pays, l’Italie a le devoir de répondre de manière indépendante aux prescriptions de la Directive Habitat (surtout pour ce qui concerne l’état de conservation favorable). »

Et page 11 : «  Du point de vue opérationnel, les régions biogéographiques présentent une gestion pratique difficile. Par conséquent, le plan présent prend en considération le loup réparti en deux populations distinctes géographiquement et facilement identifiables (Apenninique et Alpine: la population présente dans la péninsule italienne est évaluée comme étant dans un état de conservation favorable, tandis que celle de la zone alpine n’est pas encore considérée comme tel ». (de plus il y a aussi l'objectif de créer une liaison permanente entre les populations des Alpes et des Balkans)

 

D’une manière plus générale sur le statut de l’espèce en Italie on peut lire ceci page 6 :

« En 2014, l’Italie a formellement communiqué à la Commission Européenne le résultat du compte-rendu et du suivi de l’espèce et de son habitat dans la Directive Habitat. Le Ministère de l’Environnement, de la Protection du Territoire et de la Mer (MATTM) a recueilli l’avis de nombreux experts et des régions pour ce rapport sur le loup   (www.minambiente.it/sites/default/files/archivio/allegati/rete_natura_2000/rapporto_194_2014.pdf)

La carte de la distribution et l’estimation de la population produite en 2014 (données de  2012) ont servi de base pour élaborer la nouvelle procédure de récolte et d’élaboration de données de ce nouveau plan. Plus de 150 chercheurs et fonctionnaires régionaux de l’ensemble de l’Italie ont contribué à la définition de nouveaux paramètres sur la distribution et l’importance de la population et une nouvelle analyse statistique (voir Appendice 1) a été appliqué pour obtenir une estimation de la population associée à une évaluation de son niveau e confiance.

La population de loup en Italie est en réalité composée de deux composantes qui, bien qu’étant biologiquement liées, sont significativement différentes sur le plan écologique et de gestion. En référence au document communautaire sur les “Guidelines for population level management plans” (Linnell et al 2008), le nouveau plan propose la séparation, du point de vue de la gestion, de la population italienne en une population alpine et une apenninique. La logique de cette séparation tient à l’identification d’unités qui soient plus cohérentes sur le plan pratique de leur gestion : similitude de l’habitat et des paysages occupés, conditions écologiques et relation avec les activités humaines. De plus, cette subdivision des deux populations est soutenue par des évidences scientifiques concernant la faiblesse relative de la connectivité fonctionnelle pour le loup entre les Apennins et les Alpes.

Pour ce plan, la zone de distribution des deux populations est par conséquence séparée, de manière convenue, au Col de Cadibona. »

Par ailleurs on note que la zone de liaison entre la Ligurie et le Piémont (ancienne zone « blanche », un mystère de l’époque où le loup italien quittait les Apennins pour les Alpes occidentales et recoloniser l’hexagone et où il aurait dû logiquement être présent, chose mentionnée dans le raport parlementaire français, évoquée par Franco Zunino (lire), mais qui n'est plus aujourd’hui  zone « blanche », possiblement aussi parce que des loups sont « descendus » des montagnes piémontaises pour s’y installer) est devenue une zone à surveiller étroitement pour éviter que les hybrides du sud ne rejoignent les Alpes et ne viennent « polluer » génétiquement cette population alpine que l’on distingue aujourd’hui de celle des Apennins, on lit page 26 dans le cadre d’une action proposée pour le contrôles des hybrides et des chiens errants : « L'éradication des hybrides (point c) est particulièrement importante dans le corridor écologique situé entre l’Apennin ligure et le Piémont pour l'élimination de la menace que représente l’hybridation avec le chien, fortement présente dans l'Apennin et aujourd'hui encore limitée dans les Alpes. Dans ce cas, si ce n'est pas géré de façon adaptée, la connexion entre les populations représenterait plus un risque qu'un apport génétique à stimuler "

 Concernant l'absence de coopération avec les autres pays frontaliers, on peut lire page 34 :" Promotion d'une politique cohérente entre les pays de la région alpine. La population alpine est largement transfrontalière avec des meutes et des individus isolés qui occupent des territoires appartenant à deux ou plusieurs pays. La Commission Européenne, à travers l'adoption des “Guidelines for population level management plans” (Linnel et al. 2008) encourage une gestion à l'échelle de la population afin de favoriser la collaboration entre pays voisins et le partage des choix de gestion insistant sur les populations en commun. Il existe une très bonne collaboration, à l'échelle alpine, au sein de la convention pour les alpes (WISO), mais elle semble totalement absente au niveau de la politique institutionnelle. Il est donc urgent de promouvoir la coopération et la liaison entre les autorités compétentes des pays intéressés afin de définir - dans le total respect des différentes réglementations et des contextes sociaux, culturels et économiques - des stratégies d’intervention qui soient le plus cohérentes et homogènes possibles de la part de l'Italie, de la France, de la Suisse, de l'Autriche et de la Slovénie. Dans ce but, il est jugé nécessaire de créer un organisme de liaison entre les états, qui puisse aussi promouvoir des systèmes de récolte, d'enregistrement et d’interprétation des données les plus standardisés possibles, et éventuellement la création d'une banque de données entre les différents pays ».

 

Autoriser les prélèvements de loups en Italie, même si c’est parfois envisagé sur papier, ne semble vraiment pas être d’actualité puisqu’il est dit page 38 : " Il n'existe pas de relation linéaire entre le nombre de loups et la quantité de dégâts qui permette un prélèvement en raison du dommage durable".

 

Un  action prévue, parmi celles jugées prioritaires, rejoint tout à fait une question soulevée par Bruno Lecomte dans son dernier documentaire , et concerne les loups en captivité. Même s'il n'est rien dit sur les "opérations d'utilité douteuse" auxquelles il est fait allusion, on comprend qu'il existe une certaine opacité au sein de ces centres. On lit, page 35 :

" Il existe en Italie plusieurs structures de loups autochtones captifs, lesquelles, même si elles ne sont pas utiles à l'état de conservation du loup en Italie, peuvent s'avérer précieuses à des fins de recherche ou didactiques. De plus elle répondent à une sensibilité du public en faveur de la récupération d'animaux sauvages en difficulté. Toutefois, la prolifération de telles structures a donné lieu à des opérations d'utilité douteuse dans le domaine de la conservation du loup"
et aussi : " afin d'orienter les efforts et les ressources vers les objectifs prioritaires de  conservation de l'espèce, il est nécessaire que la récupération soit uniquement faite dans le but de relâcher très rapidement dans la nature (maximum 2 semaines), en assurant les soins minimums et non invasifs et que soit exclu de recueillir des animaux dont les conditions rendent improbables ou impossibles leur retour dans la nature "

et toujours page 35 : " la détention de loups à des fins didactiques, zoo privés et publics. Une gestion organique de la petite population de loups italiens en captivité est partiellement active  (actuellement il y a 5 structures qui hébergent en tout environ 35/40 individus). Il faut un contrôle attentif des reproductions, qui ne devraient être autorisées qu'exceptionnellement et s'il y a une réelle utilité ( par exemple pour la gestion génétique de la population nationale en captivité).

La nécessité d'un contrôle vigilant des structures jugées aptes à accueillir des loups, d’une planification rigoureuse de l’élevage et d’une coordination des institutions impliquées, rend nécessaire que le Ministère de l’Environnement, de la Protection du Territoire et de la Mer, compétent pour les autorisations de détention de loups en captivité selon le DPR 357/97, article 11, et le Ministère des Politiques Agricoles, Alimentaires et Forestières – le Corps Forestier d’Etat, qui héberge actuellement dans ses propres centres la grande majorité des loups italiens en captivité, jouent directement un rôle de contrôle et de coordination ou à travers un organisme formellement chargé de cette activité. Il faut que des mesures législatives interviennent et clarifier ce qui relève de l' action de conservation et de l'intervention dictée par des préoccupations du bien être animal"

Si les loups en captivité se reproduisent d'une façon insuffisemment contrôlée, et étant donné que la majorité des centres de loups captifs sont ceux du CFS (qui est une police environnementale), est-ce à dire que Boitani et Salvatori à travers ce plan demandent aussi la création des "boeuf-carottes" de la police verte ?

 

On remarquera qu'en Italie Franco Zunino répète et depuis longtemps, que le loup des Alpes n'est pas le loup des Apennins.  C'est (presque) confirmé.