Traduction du chapitre 6 de l'ébauche du prochain Plan dont il a été question précedemment

On remarquera qu'en Italie l'idée que le loup a fait l'opération de lâchers est "enracinée", ce n'est donc pas une spécificité française. Et ce, même après des décenies de comm. soignée et tant d'argent pour "éduquer" les gens à travers les Projets Life (18 en tout pour le loup), les actions des associations, etc...

Voir les témoignages des italiens recontrés par Bruno Lecomte pour son documentaire en tois volets ( 1; 2; 3) 

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6. Communication avec les différents groupes d'intérêts

La réussite de la conservation du loup est liée au degré d’acceptation des communautés locales, de même que les principes généraux de la conservation sont fonction de l’attitude du public envers la nature et sa gestion. Pour cela, il sera important de réaliser une analyse détaillée de l’attitude du public et du degré de connaissance que les différentes strates sociales peuvent avoir du loup.

 En effet, il est essentiel que le public soit informé sur l’état réel des choses et non pas sur la base de préjugés ou de données partiales ou erronées. Il existe des instruments appropriés pour mener ce type d’enquête dont les résultats constituent a) la base de connaissance essentielle pour établir correctement une nouvelle campagne d’éducation et d’information; b) les instruments pour mesurer et inclure l’opinion publique dans le processus de planification de la gestion du loup.

Une campagne d’information du public fait partie intégrante du programme de conservation comme l’ont montré les nombreux programmes LIFE des dernières années, avec de nombreuses expériences utiles (Tosoni et al. 2015). La communication se fait avec des méthodes, des moyens, un calendrier en fonction du groupe social concerné. Une campagne générique a très peu de probabilité d’avoir un effet positif. Il est également important de faire en sorte que l’opinion publique puisse peser sur certaines phases déterminantes de la gestion (politiques de diminution des dommages, légitimité des retraits, coûts des indemnisations durables, etc.) dans un processus de participation qui favoriserait la création d’un consensus majoritaire sur la stratégie à adopter.

Il est nécessaire d’identifier les figures professionnelles appropriées ayant une expérience confirmée, tant pour la campagne d’information que pour le processus de participation : puisqu’il s’agit d’une compétence précise qui ne s’improvise pas, il faudra les identifier au sein des associations ou dans des sociétés hors des administrations.

 

Les thèmes prioritaires pour la communication, en fonction des groupes d’intérêts et des contextes sociaux, sont :

- La diffusion du loup. Il faut rétablir la vérité sur la diffusion et l’expansion et du loup, en combattant les légendes, toujours très répandues et enracinées, basées sur la conviction que le loup a fait (et fait toujours) l'objet d'un repeuplement par le biais d'opérations de lâchers (aussi avec des loups non italiens), surtout dans les zones protégées.

- Biologie du loup. L’objectif est de démonter le château de préjugés et de légendes qui entoure l’image du loup et lui substituer des données correspondant au loup réel, en soulignant l’impact effectif de sa prédation sur les animaux sauvages (ongulés).

- Dommages du loup. Une deuxième série de données à diffuser est la dimension réelle des dommages provoqués par le loup au bétail domestique et des termes réels de vérification de ces dommages (où, pourquoi, dans quelles conditions, etc.)

- Systèmes de gestion. L’information devra aussi couvrir les méthodes permettant de prévenir et de limiter les dommages. Il s’agit d’une information au contenu plus technique et direct, surtout pour les professionnels. Outils et moyens de communication devront être bien calibrés pour la catégorie concernée et devront être totalement exhaustifs.

- Stratégie spécifique par strates sociales, économiques, géographiques. Des tactiques particulières pourront être utilisées pour affronter des situations particulières, géographiquement localisées.

 

L’acceptation du loup par les communautés locales sera facilité dans la mesure où celles-ci seront associées aux processus de décision sur la gestion du loup. Il faudrait donc mettre en œuvre un mécanisme de participation publique aux décisions concernant la conservation et la gestion du loup: l’idée, qui a remarquablement fonctionné dans beaucoup d’endroits du monde, est que les gens sont plus portés à soutenir des décisions qu’ils ont contribué à prendre. Cette approche permet d’être plus proche des conditions locales et de générer de nouvelles idées et hypothèses de gestion.

En général le processus de participation a été mené à travers une représentation de l’ensemble des valeurs et des points de vue existants au sein d'une communauté locale, et en maximisant le rapport avec ce groupe de représentants sélectionnés, appelés à contribuer à tous les aspects de la programmation, de la gestion, du contrôle.

Dans ce domaine aussi, on pourra prévoir l’intermédiaire d’associations non gouvernementales qui assureront un travail et un contact permanent avec les communautés locales : la technique la plus efficace est de prendre et de maintenir des contacts avec un groupe sélectionné de leaders d’opinion choisis en faisant attention aux rapports de force et aux dynamiques sociales de la communauté, mais la plus grande participation possible des communautés locales restera la voie royale pour assurer le partage des choix.

Il est important d'envisager la possibilité d’un réel partage des responsabilités avec la participation effective des groupes d'intérêts aux processus de décision et la formulation partagées des politiques de gestion.

Un outil très efficace a déjà été expérimenté avec succès dans la gestion du loup dans le Piémont et en France; il s’agit de la constitution d’un groupe de « médiateurs » sélectionnés, ces personnes ayant pour fonction de servir de lien entre les autorités de gestion du loup et les groupes sociaux les plus concernés ou frappés par la présence du loup. Les médiateurs devront être spécialement formés et rémunérés dans le cadre du programme de gestion du loup : il leur sera demandé d’expliquer aux bergers et aux éleveurs de la situation réelle de l’espèce, les techniques de protection des troupeaux, les procédures administratives pour les dédommagements et les incitations.

Il ne faut pas sous-estimer l'importance que pourrait avoir la présence du loup comme attractivité écotouristique en élaborant des stratégies qui permettent de l’observer.

 

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