Traduction d'un article paru récemment sur "Quale formaggio" (Quel fromage), intitulé "Le loup dans les Alpes : de la pétition suisse au paradoxe italien"

 

Il lupo sulle Alpi: dalla petizione svizzera al paradosso italiano

Come dice il proverbio, Paese che vai, usanze che trovi, sempre che non ci si imbatta in qualche eccezione, come quando si parla del lupo, della sua salvaguardia (quasi sempre senza se e senza ma) e della necessità di tutelare un ecosistema montano in cui tutte le specie sembrano essere prese in pari considerazione tranne quella umana.

http://www.qualeformaggio.it

9/11/2015

Le loup dans les Alpes : de la pétition suisse au paradoxe italien

[...] Concernant le loup et les prédateurs en général, qu’on soit en Italie ou en Suisse, peu de choses semblent changer en substance, même si la substance est faite de modus operandi différents.

Dans le Canton du Tessin, par exemple, les quotidiens recommencent à parler ces temps-ci des prédateurs et des dégâts pour les éleveurs. Et là aussi, où il existe des règles permettant de temps en temps d’éliminer quelques animaux sauvages de trop, c’est une « conscience animaliste » mal dissimulée qui prévaut. Et si elle s’installe, elle fera plus de dégâts que la grêle.

Là aussi, une théorie de facilité bien connue chez nous en Italie, selon laquelle le paysan serait incapable de garder ses troupeaux, se répand. Ce sont 25 000 citoyens de la Confédération sollicités par des groupes animalistes qui le disent, signataires d’une pétition ayant deux objectifs : obliger les éleveurs à protéger les animaux et garantir une plus grande tolérance aux prédateurs.
Selon des estimations officielles, très difficiles à vérifier, les pertes ovines en alpage se monteraient à plus de 4000 têtes par an, et deux cents de celles-ci seraient dues aux loups (ou aux lynx), presque toujours dans des troupeaux non protégés, ni par des fils électrifiés, ni par des chiens de défense.

Selon les « amis du loup » , la propension à garder insuffisamment les troupeaux serait encouragée par les « généreuses subventions de la Confédération ». C’est tout du moins la thèse avancée par la Psa (protection suisse des animaux), selon laquelle les prédateurs ne seraient que des boucs émissaires, ce qui permet de contester les abattages faits en Suisse en cas extrême (quand un loup tue plus de 25 brebis en un mois ou plus de 39 en quatre mois).

La pétition, déposée à la Chancellerie Fédérale de Berne ces jours derniers, demandent à ce que les éleveurs qui ne protègent pas le bétail soient exclus des subventions.
Pour les alpages inaccessibles et pierreux, où il est impossible de monter des clôtures, le compte à rebours vers l’abandon aurait démarré.

Sur le front italien, la musique est bien différente, avec un « Plan loup » qui montre à l’évidence la satisfaction pour la rapide expansion du loup, ne serait-ce que parce qu’autour de celle-ci et des importants financements du projet « WolfAlps » se pressent des organismes publics, des associations et des experts qui seraient plus intéressés - dit-on - par les rivières d’argent accordé que par le sort du prédateur légendaire.

 Signalé avant-hier par les amis de l’association Alte Terre, vous trouverez en lien (ici), le post « le paradoxe du loup », que le journaliste et politique valdôtain Luciano Caveri a publié sur son blog : une description très lucide de la situation italienne.

 

-------------------------------------------------------------------------

Donc à la suite la traduction de l'article cité par "Quale formaggio", " le paradoxe du loup" signé par le journaliste du Val d'Aoste Luciano Caveri. En réaction au nouveau "Plan loup " dont il a été question ICI.

 

 

Il paradosso del lupo

In Francia e in Svizzera, dove il lupo è tornato, come nel Nord Italia, se al lupo scappa... "la mano" e si mette a fare strage di greggi semplicemente gli sparano.

http://www.caveri.it

4/11/2015 - le paradoxe du loup -

En France et en Suisse, où le loup est revenu, s’il se met a faire des massacres dans les troupeaux, on le tire tout simplement. Si au loup solitaire s’ajoute une meute, alors le niveau de préoccupation augmente, en attendant que quelque montagnard ou touriste fasse une mauvaise rencontre, au mépris de ceux qui répètent que ce prédateur est très bien.

Chez nous en Italie - pour les loups et non pour les éleveurs – nous sommes au « Pays de Cocagne », où à en croire le « Plan loup » encore en ébauche, il y a de quoi rester stupéfait, d’autant qu’il n’y a aucun expert du Val d’Aoste parmi le groupe d’experts mentionné dans le rapport, et que ne n’y figure pas non plus le parc du Grand Paradis (mais il y a des experts de Rome, la capitale, je le jure, peut-être à cause de la louve de Romulus et Remus….). Pourtant, quand on regarde le rapport, les loups sont bien présents chez nous et à nos frontières, et comment !

D’un autre coté, parmi les représentants des parcs et des réserves, des différentes associations et des universitaires, les « pro loups » sont largement majoritaires et les Régions – qui se trouvent sur les barricades - largement minoritaires. Ce qui donne un document totalement déséquilibré, comme a eu l’occasion de souligner Mariano Alloco, montagnard occitan qui suit attentivement la question depuis longtemps.

Que ressort-il de ce document ? Pour l’instant qu’en Italie, et pas uniquement dans les Apennins mais aussi dans les Alpes, le loup est dans une « phase d’expansion rapide», chose qui est signalée avec une grande jubilation et cela n’a rien d’étonnant étant donné les fonds communautaires utilisés pour le loup avec le célèbre « WolfAlps », structure vivant de l’argent « Life ». On voit très bien sur le site lifewolfalps.eu que les fonds publics sont abondants : consultez-le et étonnez-vous en.

 Comme le signale Allocco, on est frappé par certaines exaltations du loup comme compétiteur du sanglier, dont le rôle nuisible est clair comme de l’eau de roche, mais aussi par des affirmations sur la limitation de certaines pratiques de pâturage totalement traditionnelles dans la zone alpine pour éviter….les attaques du loup. C’est à dire que l’élevage traditionnel doit se plier aux desiderata du prédateur pour éviter de lui mettre l’eau à la bouche.

Il s’agit de « maintenir, en cœxistence avec l’homme, des populations viables de l’espèce comme partie intégrante des écosystèmes et du paysage ». Mais cela ne devrait-il pas être « maintenir la présence humaine en montagne, en cœxistence avec le loup ? ». Ne voit-on pas une logique lupocentrique paradoxale ?

 Ensuite il y a la partie, très pauvre juridiquement, sur comment appliquer la partie de la « Directive habitat » qui permet de tuer des loups nuisibles ou dangereux (pour le dire en termes simples). Comme cela se pratique en France et en Suisse, en rejetant même tous les recours en justice de certains animalistes. A l’inverse chez nous, à la lecture du document on en déduit que le chemin vers l’abattage sera long et peut-être impraticable, et certainement impopulaire dans un monde citadin où le « méchant loup » des fables est quasi devenu un être angélique qui gagne la partie contre le montagnard fruste (braconnier) dans une opinion publique intentionnellement désinformée.

Personnellement le retour du loup ne me gêne pas, je trouve que c’est un très bel animal. Mais il faut une sécurité juridique sur les limites de la prédation et sur les risques possibles, et par conséquent il faut que le législateur s’en charge, en établissant des règles claires pour éviter de laisser le champ libre aux « chaperons rouges » repentis. Sinon, ce qui reste de montagne habitée par ceux qui pratiquent l’élevage traditionnel est voué à disparaître et seuls ceux qui connaissent l’importance de cette présence séculaire s’en émouvront.

 Etrange monde dans lequel nous vivons, qui fonctionne aujourd’hui très souvent à l’envers.

 

------------------------------------------------------------

Pour appuyer ce que dit l’auteur de l’article ci-dessus - Luciano Caveri - on constate en effet que dans le nouveau Plan loup, pour réduire les risques de conflits avec les éleveurs, conflits identifiés comme l’obstacle majeur à l’expansion du loup dans les Alpes (page 14 : « les conflits entre loup et activités d’élevage sont le principal élément limitant la diffusion de l’espèce »), la question d'une "planification rigoureuse de l'élevage" est omniprésente, les têtes pensantes des pro-loup souhaitant limiter les «contacts étroits » entre animaux domestiques et prédateurs. Moins de contacts, moins de conflits =  expansion rapide du prédateur dans les Alpes moins contrariée.

On peut lire, page 29 , entre autres, dans « Action 3.3: Révision et uniformisation des règles de pâturage en liberté et semi-liberté

"Il existe dans beaucoup d’endroits du Pays des règles de police forestière et de régulation des activités de pâturage libre (par exemple d’interdiction de pâturage ovin/caprin dans les bois, de fréquentation saisonnière des pâturages de montagne, de présence obligatoire d’un berger expert par troupeau, etc.) qui, si elles sont appliquées, peuvent réduire de façon significative les conflits entre le loup et l’élevage. Cependant, beaucoup de ces règles ne sont pas homogènes sur le territoire et/ou sont faiblement respectées.
Il est donc nécessaire d’engager en même temps une révision du cadre législatif et des réglementations en vigueur au niveau local ainsi que de leur état d'application, afin d’identifier les formes possibles d’intervention dans ce domaine.
Une planification minutieuse des activités de pâturage, en particuliers dans les alpages des zones montagneuses – afin de minimiser les opportunités de contacts étroits entre animaux domestiques et prédateurs et d’augmenter l’efficacité du contrôle exercé par le berger et les chiens – peut permettre de prévenir efficacement les attaques contre le bétail. De plus, quand la gestion des activités de pâturage entre dans les compétences des organismes gestionnaires des zones protégées, ces administrations devraient  promouvoir une programmation attentive des activités d’élevage dans le but de contenir le risque de prédation et les conflits potentiels entre loup et éleveurs".