Traduction d'un article de presse (Il Tirreno ) paru le 16 mars intitulé  : « Stop aux loups ou je donne mes pâturages à la géothermie !»

 

"Stop lupi o do il pascolo alla geotermia" - Cronaca - il Tirreno

STRIBUGLIANO. "Io metto a disposizione il mio terreno per le ricerche geotermiche eppure ho firmato contro la geotermia. Ma se mi impediscono di fare il pastore, bisogna che mi tuteli e cerchi nuove forme di sostentamento".

http://iltirreno.gelocal.it



 

«Stop aux loups ou je donne mes pâturages à la géothermie !»

 Stribugliano (Toscane) : Après la énième attaque contre son troupeau, le berger Ricciardi dit « ne plus savoir comment vivre »  

  « J’avais pourtant signé contre la géothermie, mais je mets mes terres à disposition des recherches géothermiques ». Si on m’empêche d’être berger, il faut bien que je me protège et que je cherche d’autres sources de revenus».

Après la énième attaque de prédateurs qui ont égorgé une autre de ses brebis, en plein jour et malgré une étroite surveillance, Dante Ricciardi, berger du Mont Amiata, lance une forme de provocation : il mettra ses pâturages à disposition des entreprises qui veulent forer pour trouver de la vapeur.

 Il y a deux jours, Ricciardi a trouvé, une fois de plus, la carcasse d’une brebis en cherchant dans les broussailles et les fossés.

« Elle était jeune, elle était pleine et je l’ai élevée... pour le loup. Je suis à bout – déclare Ricciardi –  j’ai à peine de quoi vivre. Je n’y arrive plus. Je pensais pouvoir vendre des agneaux mais entre les prédations et les avortements, je n’arriverai même pas à l’équilibre. Il faudrait que ces Messieurs me disent qui va me donner de l’argent pour faire les courses. J’ai peu de besoins. Je n’ai pas de vices. Je ne bois pas, je ne fume pas, je ne fréquente pas les bars. Je travaille juste pour vivre et avoir le strict nécessaire. Mais si le loup mange mes brebis, ce revenu me manque »

 Ce n’est pas la première fois que Ricciardi se plaint dans la presse car son exploitation agricole doit composer avec les attaques de prédateurs depuis longtemps déjà.

 « Personne ne veut comprendre cette situation dramatique. Personne n’intervient, personne ne capture, personne ne bouge. Avant-hier – raconte le berger – j’ai vu arriver le bélier en courant vers la ferme, j’ai entendu la chienne aboyer et j’ai couru le plus vite possible vers l’endroit où les brebis paissaient. Elles étaient toutes entassées et terrorisées. Je les ai comptées, il en manquait une. Celle que j’ai retrouvée plus tard, avec deux trous sous la gorge ».

Ricciardi maintenant ne dort presque plus jamais chez lui. Il dort dans sa voiture et au moindre bruit il bondit sur ses pieds. Il compte et recompte ses brebis, et chaque fois qu’il en manque une, il sent son sang se glacer dans ses veines.

 « Je les cherche – dit-il – parfois je ne les retrouve pas, mais par contre quand je les vois mortes dans le pré ou dans des buissons, ce sont les mêmes démarches qui recommencent. Vétérinaires, destruction, dépenses. Des pertes et des frais. Mais à moi, qu’est-ce qu’il reste pour manger ?  Rien du tout !  Alors j‘ai eu l’idée de porter plainte auprès de la gendarmerie. Au sujet de ma condition. Je suis en danger permanent, je peux subir des agressions n’importe quand et je n’ai pas de quoi vivre. C’est ce que je déclarerai dans la plainte que je vais déposer mercredi matin ».

Il ne s’agit pas d’une provocation de la part de Ricciardi : cette peur est partagée par beaucoup d’autres éleveurs.

 « Je me sens menacé dans ma propre sécurité – explique le berger de Stribugliano -  et je me retrouve sur la paille, non par ma faute, mais à cause de l’indifférence totale des institutions envers ce problème »

 Alors que faire pour sortir de cette situation ? Ces temps derniers, une idée lui est passée par la tête. «  Au sujet du projet de centrale géothermique du Mont Labbro… j’avais signé contre – dit Ricciardi qui, comme beaucoup, partage la crainte de voir ce coin de paradis devenir un site industriel – mais à ce stade, si rien ne change, je pense que je vais céder mon terrain pour les explorations géothermiques. Je quitterai le pastoralisme et j’essayerai de trouver un travail dans la géothermie. C’est ce qu’ils veulent, (la région Toscane, l’Etat). Nous obliger à abandonner nos champs pour transformer le Mont Amiata en gruyère. Et voilà. Alors j’anticipe et je cède mes hectares de terre. Les soufflards  (ou soffioni) : c’est le seul moyen de battre le loup. Mais ce sera aussi la ruine pour nous tous ».

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Pour ceux qui voudraient en savoir plus sur la géothermie sur le Mont Amiata - dont parle ce berger -  industrie "verte" dont le loup n'est peut-être à son insu qu'un humble serviteur, citons (par ex.) une enquête publiée en 2015 par LA STAMPA, partie 1 et partie 2

signalons qu'il existe un collectif de citoyens  (SOS GEOTERMIA) qui tient un blog depuis 2012 sur le sujet et se bat pour préserver la beauté des lieux, sans l'industrie géothermique.

 

 

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